Creepypasta FR : Méfiez-vous du métro

Encore à l’arrêt. Dans le noir cette fois-ci. D’ordinaire, ça m’énerverait profondément. D’ordinaire, je pesterais, je maudirais la compagnie de transports en commun. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, ça me fait peur. Je crois que je suis le seul à l’avoir remarqué, car les autres sont encore assez agités par la situation. Je ne veux pas générer de panique, alors je ne dis rien. Je reste calme. J’espère qu’ « ils » ne nous entendront pas.

Je n’ai jamais aimé prendre ce métro. D’ordinaire, j’apprécie les transports en commun. On respecte la planète, et trouver son itinéraire a toujours été à mes yeux un jeu de piste plutôt qu’une corvée. Mais ce métro, je ne l’aimais pas. Il n’était pas accueillant. Des rames anciennes se mêlaient à des rames beaucoup plus récentes, et bien évidemment, celles que je prenais étaient en général anciennes. Cela signifiait qu’elles étaient sales, inconfortables, et avec peu de places assises. La luminosité y était faible, car les néons étaient toujours encrassés. L’odeur y était assez désagréable. Voyager dans ce genre de métro n’est donc absolument pas confortable. C’est angoissant, même, et on est vite pressé d’en sortir.

Etonnamment, je n’avais pas de mal à dormir dans les transports en commun, quels qu’ils soient. J’ai toujours eu des problèmes de sommeil, et dès que l’occasion se présente, je fais un petit somme. Ce métro, bien que peu attrayant, n’y faisait pas exception. J’y dormais de précieuses minutes supplémentaires qui me permettaient de tenir 8h derrière mon bureau sans somnoler. Au début, je pouvais dormir d’une traite, mais plus maintenant. Depuis que des problèmes ont commencé à apparaître, plus précisément.

Si seulement j’y avais prêté plus d’attention, peut-être que la situation serait différente à présent.

Le métro avait de nombreux soucis de retard et marquait de longues pauses aux stations, mais les accélérations et les freinages ne m’empêchaient pas pour autant de dormir. À l’exception des fois où le train s’interrompait net. Le freinage extrêmement brutal dans ces situations envoyait les voyageurs debout au sol, et projetaient ceux qui étaient assis les uns contre les autres. Le métro restait là, au milieu de nulle part, pendant quelques secondes à quelques minutes, parfois plus, puis repartait lentement, anormalement lentement même, jusqu’à la prochaine station.

Ça se produisait assez peu au début, c’était même très exceptionnel. Mais ça a commencé à arriver de plus en plus. Les gens ne s’en étonnaient même plus, tout le monde avait pris l’habitude de s’accrocher fermement, et tous poursuivaient leurs activités sans se poser de questions, y compris moi. Quand je n’avais rien à lire, j’attendais juste le sommeil en regardant dehors. Bien sûr, il n’y avait rien à voir, à part un tunnel qui défilait.

Sauf ce soir-là.

Je somnolais dans le métro quand un nouvel arrêt brusque s’est produit. En ouvrant les yeux pour regarder ce qui se passait, je me suis figé.

Il y avait une silhouette humaine contre la paroi du tunnel.

Si je n’avais pas eu la tête collée contre la fenêtre, je ne l’aurais pas vue. Je n’ai pas osé bouger, ni même regarder ailleurs. Impossible de voir clairement qui était sur les rails. Ma stupéfaction passée et mon rationnel revenu au galop, j’ai conclu qu’il devait s’agir d’un employé de la compagnie, descendu pour vérifier quelque chose pendant notre arrêt. Le métro a fini par repartir. Mais j’aurais juré qu’au moment du départ, la silhouette était toujours là.

Un autre soir, le métro s’est de nouveau arrêté brusquement et beaucoup plus violemment que d’habitude, au point que tous, sans exception avaient été projetés en avant, comme si le métro était rentré dans un mur. On était à ce moment-là dans une zone d’aiguillage, les parois du tunnel étaient donc très éloignées, et l’on pouvait voir plusieurs voies éclairées de chaque côté. Je regardais autour de moi, et je l’ai vu à nouveau. Une silhouette qui se détachait devant le néon de la paroi. Elle paraissait humaine, mais semblait mal se tenir. S’il s’agissait d’un ouvrier, il était en train d’observer quelque chose. Il ne bougeait pas, et avait la tête penchée sur le côté. Tous les autres usagers n’avaient rien remarqué, plongés dans leur téléphone. Puis la silhouette, très maigre, s’est éloignée de la lumière. Alors qu’elle se fondait dans l’obscurité, un détail a attiré mon attention. Une autre lumière sur la paroi venait de s’éteindre. J’ai tourné mon regard vers sa position approximative, et un instant plus tard, elle était de retour. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’elle ne s’était pas vraiment éteinte, mais que quelque chose était passé devant, masquant la lumière, et ça ne pouvait pas être la première silhouette que j’avais vue.

D’ailleurs, à bien y regarder, je pouvais les voir se déplacer toutes les deux, distinctement. Elles semblaient errer, sans trop savoir où aller. Et si…ce n’étaient pas des ouvriers ? Ils n’avaient ni équipement, ni lumière. Que faisaient-ils là ? Pouvait-il s’agit de squatteurs ? Le métro a commencé à repartir, mais je ne pouvais détacher mon regard des deux corps que je voyais. Alors que le train avançait, lentement, mes yeux se sont écarquillés. Il n’y avait pas que deux silhouettes. Il y en avait plus. Peut-être 5, pour ce que je pouvais en voir.

Arrivés à la station suivante, on nous a demandé de quitter le métro et de prendre la rame suivante. Nous l’avons attendu plus de 30 minutes ce jour-là. Pendant ce délai, je ne pouvais détacher mes yeux du trou béant que formait le tunnel dont nous venions de sortir, m’attendant à tout instant à voir quelque chose en sortir. J’ai même tenté de passer ma tête par-dessus les rails, pour voir où était le prochain métro. Dans ces ténèbres, je ne distinguais plus rien.

Les incidents et les métros arrêtés se multipliaient de plus en plus. J’essayais de ne plus regarder en-dehors, car ce que j’y voyais me laissait généralement des images que je ne pouvais me sortir de la tête. J’avais presque fini par m’habituer à cette situation, et mon dégoût généralisé du métro s’était combiné à ma peur de ce qui se trouvait dans les tunnels.

D’autres évènements se sont produits, qui ne semblaient pas liés à tout ceci au début. Un matin, j’ai entendu aux informations qu’une grande station ne serait dorénavant plus desservie jusqu’à nouvel ordre. La raison était que les abords de cette station, proche d’une gare, étaient malfamés. Des cas de maladies graves y avaient également été recensés. La station, au départ seulement évitée par les transports, a finalement été fermée pour cause de mise en quarantaine. Les images qu’on pouvait voir à la télévision étaient dérangeantes, et semblaient venir d’un autre pays. Des silhouettes de secouristes, médecins, bénévoles, emmitouflés dans des combinaisons, arrivaient sur les lieux avec beaucoup de matériel. De quoi vacciner et soigner un maximum de personnes, pour que la situation revienne à la normale. Puis les nouvelles sont allées de plus en plus mal. Des corps avaient été retrouvés près de la station fermée. Morts, probablement de faim. Mais certains présentaient des traces de morsure.

Un matin, sans surprise, le métro avait à nouveau beaucoup de retard. La station à laquelle je l’attendais était très proche de la suivante. Si bien qu’on pouvait la voir de là où je me trouvais. J’ai donc jeté un coup d’œil, car le panneau d’affichage électronique semblait indiquer que le métro était bloqué juste avant. Et en effet, j’apercevais des phares. Mais par intermittence. Quelque chose semblait danser devant, éteignant les phares de droite et de gauche alternativement. Au bout de quelques secondes, j’ai compris ce que je regardais. Une silhouette. Encore une autre. Debout, elle semblait aller vers le métro. Mais elle s’est arrêtée avant de pénétrer dans la lumière de l’autre station. Comment se faisait-il que personne ne voyait cette chose ? Je ne pouvais rien dire, je ne pouvais rien faire, j’étais figé. Soudainement, la lumière des deux phares est réapparue, et le métro s’est enfin avancé jusqu’à ma station. Machinalement, sans me poser plus de questions, je suis monté à bord. L’odeur y était toujours aussi dérangeante.

Mais j’avais un mauvais pressentiment, qui n’a pas tardé à se révéler fondé.

Peu de temps après son départ, il y a eu un freinage plus brusque que tout ce que j’avais connu jusque-là, projetant au sol les usagers qui n’avaient pas eu le temps de s’asseoir. Après plusieurs minutes à l’arrêt, la lumière s’est éteinte. Personne n’a réagi. A peines quelques grognements chez ceux qui lisaient. Je me suis renfoncé dans mon siège. Je savais très bien ce qui rôdait dehors. Je savais que « ça » se déplaçait. Mais tout était silencieux, on n’entendait rien dans la rame. Le conducteur a tenté de faire une annonce, mais son micro ne portait plus. Il a dû sortir de sa cabine et crier pour que tout le monde l’entende :

« Mesdames et Messieurs, nous sommes à l’arrêt pour une durée indéterminée, nous subissons manifestement une coupure de courant généralisée. Merci de ne pas tenter de sortir du véhicule. Les techniciens devraient être en route bientôt, mais je ne suis pas en mesure de les contacter sans électricité. D’ici là, merci de garder votre calme, et, au nom de la compagnie, veuillez accepter nos excuses pour ce désagrément. »

Puis il est retourné dans sa cabine. C’est là que j’ai remarqué que je n’avais plus de réseau. C’était probablement la raison pour laquelle il ne pouvait joindre personne. Il n’avait ni courant pour la radio, ni réseau pour le téléphone.

Mais ce qui m’effrayait le plus, c’était l’idée que les choses puissent l’avoir entendu parler. J’ai tenté de jeter un coup d’œil à l’extérieur. Je ne voyais aucun néon allumé. Mais des halos lumineux réguliers semblaient indiquer que les choses se trouvaient devant. Un frisson glacé m’a parcouru le dos. Étaient-ils intelligents au point de cacher la lumière avec leur corps ?

Ou… Etaient-ils si nombreux qu’ils les couvraient toutes ?

Je n’osais pas parler. Si quelqu’un remarquait quelque chose, ce serait la panique, et nous serions perdus. Puis tout le monde a sursauté simultanément. Un grand bruit venait de se faire entendre. Un bruit métallique, qui s’est reproduit quelques secondes après. Comme une porte en métal qui claquait. Puis des pas. Des pas sur du béton. Des pas cadencés, avançant à un rythme régulier. Le conducteur est ressorti de sa cabine et a ouvert une fenêtre pour crier quelque chose :

« Ah vous êtes enfin là ! Je n’y comprends rien, c’est comme si tout avait été coupé. J’espère que vous avez pris le… »

Il n’a pas pu finir sa phrase, et bientôt, il a commencé à hurler. Soudainement, des dizaines de lumières sont apparues dans la rame, autant d’applications lampes torches de téléphones qui s’allumaient en même temps. La scène que ces lumières révélaient était monstrueuse.

Le chauffeur était tenu à la gorge par ce qui semblait être une main décharnée. Sa tête était tirée à l’extérieur du métro, tandis qu’il se débattait pour rester à l’intérieur. Tout le monde s’est mis à hurler, et les lumières de leur téléphone se sont mises à se déplacer dans tout le métro. Et là, j’ai cru m’évanouir.

A chaque fenêtre, se trouvaient de multiples visages.

Des visages au regard vide, émaciés, troués par endroit et révélant les os dessous. Certains tentaient de mordre les vitres avec ce qui leur restait de dentition. D’autres jetaient ce qui leur restaient de main pour s’agripper et tenter de casser les vitres, probablement énervés par les lumières qui dansaient sur leur peau pourrie et suintante. Un craquement s’est fait entendre, et les hurlements du chauffeur ont brutalement cessé.

Son corps venait de retomber dans le métro.

Sans sa tête.

D’autres hurlements se faisaient entendre, tandis que les deux agents sortis par un mur du tunnel se faisaient visiblement dévorer, à entendre les bruits horribles de mastication, de chair gorgée de sang pressée par des mâchoires sans dents, de membres arrachés par des centaines de créatures affamées. Mais j’avais plus urgent à gérer. Je voyais de nombreux bras moisis émerger de la fenêtre laissée entrouverte par le conducteur. J’étais pétrifiée d’horreur. Je savais que c’était la fin, que nous allions tous être dévorés par ces monstrueuses créatures.

Au même moment, un crissement s’est fait entendre. De longs doigts fins, gris marbrés, tentaient de passer par l’embrasure des portes du métro. Comme celui-ci était bondé, des usagers très proches des portes ont essayé de reculer, horrifiés, alors que la fente de l’ouverture commençait à révéler un œil blanc, vide de toute vie.

Puis nous avons tous été projetés au sol. Le métro repartait. Par quel miracle, impossible à dire. Il a très rapidement accéléré, rejetant autour de lui ces terribles créatures. Personne ne bougeait. Tout le monde, au sol, avait les yeux fermés.

Quand tout est redevenu silencieux, j’ai entrouvert les yeux. La lumière était revenue. Nous étions arrivés à la station suivante. Tout le monde s’est rué vers l’extérieur en hurlant. Aucun d’entre eux n’a pensé à vérifier qu’il ne restait aucune créature accrochée au métro. Mais comme personne ne semblait stoppé par quelque chose, j’ai fini moi aussi par sortir.

C’est à ce moment-là que j’ai compris. Le métro suivant était arrivé à tout allure, et avait poussé notre rame jusqu’à la station suivante. Son conducteur n’a pas tardé à sortir, salement amoché, et s’est effondré sur le sol. Tous avaient fui la station. Mais j’étais figée par le choc. Assise sur le sol, je regardais au loin, les images traumatisantes de ce qui venait de se passer défilant devant mes yeux.

Après quelques instants, en prenant progressivement conscience que j’étais sauvée et que tout était fini, mon cœur a manqué un battement. Là, à la sortie du tunnel, une main décharnée se tenait contre le mur, et deux yeux blancs me fixaient dans l’obscurité. Le temps de cligner des yeux et comprendre ce que j’étais en train de voir, la main et les yeux ont disparu.

Je sais que les compagnies de transport et le gouvernement feront tout pour étouffer l’affaire, mais je ne pouvais pas garder une telle chose pour moi. Mais si jamais vous deviez vous aussi prendre le métro, dans n’importe quelle ville, et qu’il s’arrête brusquement, surtout, ne bougez pas. Ne faites aucun bruit. Et priez pour que la lumière reste allumée.

Texte par Vanderoth

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1 Commentaire

    • Ray Le 25 février 2020 à 9 h 22 min
    • Répondre

    Presque aussi effrayants que des contrôleurs dans le métro… brrrr

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