Creepypasta FR : Ils hantent ma maison

Je les sens.

Ils sont là, en permanence, et ils font de ma vie un enfer. Ça n’a pas toujours été comme ça. J’ai toujours vécu dans cette maison, et d’aussi loin que je me souvienne, je n’ai connu que le silence et la paix. Mais du jour au lendemain, tout a changé.

Ils ont commencé à se manifester.

Je n’en ai pas tout de suite pris conscience. Au début, ce n’étaient que des petites choses que je mettais sur le dos de mon étourderie. Une porte de placard ouverte alors que j’étais persuadée de l’avoir fermée, un verre ou une assiette qui changeaient de place, ou encore des rideaux ouverts après que je les ai tirés. J’étais intriguée, bien sûr, mais je vivais seule depuis tellement longtemps que je me suis dit que c’était mon esprit qui me jouait des tours. La solitude, quand on la subit depuis autant de temps que la subissais, finit par grignoter notre santé mentale, lentement mais sûrement. Sans contact humain, on perd petit à petit nos repères, et tous nos démons, même ceux enfouis très profondément en nous, finissent par ressurgir.

Pourquoi est-ce que je m’inflige cette solitude, me demanderez-vous. Parce que je n’ai pas le choix. Le monde extérieur ne veut pas de moi, il me l’a bien fait comprendre. J’ai toujours été rejetée. Et maintenant, j’ai peur de l’affronter. Ma maison, cette maison si chère à mon cœur que mes parents m’ont laissée, est mon seul et unique sanctuaire.

Je pensais sincèrement que la solitude me plaisait. Je m’étais convaincue que c’était ce que je voulais vraiment. Je pouvais vivre la vie que je voulais, me centrer sur moi-même, et avoir autant de loisirs que je le voulais, sans contraintes, et sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. J’y croyais du plus profond de moi-même. Mais ces événements ont ébranlé toutes mes convictions. Si j’étais en train de perdre la tête, c’est que cette situation ne me convenait peut-être pas, après tout.

Et cela n’a fait qu’empirer.

Après les portes ouvertes et les objets qui changeaient de place, il y a eu les murmures. Je les entendais à des moments aléatoires dans la journée. Et à chaque fois que cela arrivait, je me figeais et je tendais l’oreille, essayant de discerner ce qu’ils disaient, mais ils étaient inaudibles. Et plus le temps passait, plus ils devenaient forts. Les murmures diffus se sont petit à petit transformés en bribes de conversation. Une voix d’homme, de femme, et même d’enfants. Je les entendais par intermittence, très éloignés, comme une radio mal réglée. Les phrases sans contexte ne voulaient pas dire grand-chose pour moi.

« … Tu ne devais pas aller le voir ? Avec tout ce qui se passe ici… »

« Je n’ai pas pu, il est absent… »

Mais le pire pour moi, c’était les enfants. Je les entendais courir dans la maison, riant aux éclats. Ils me terrorisaient, encore plus que les voix. Un jour, j’étais dans ma chambre, tranquillement assise dans mon fauteuil préféré en train lire, lorsque la porte s’est soudainement ouverte avec fracas. Des bruits de course et des éclats de rire ont envahi la pièce pendant quelques secondes, avant de s’éloigner dans le couloir et disparaître. J’étais pâle comme un linge, paralysée de terreur dans mon fauteuil, essayant de toutes mes forces de me convaincre que j’avais rêvé la scène à laquelle je venais d’assister. Mais la porte grande ouverte de la chambre, que j’avais sans l’ombre d’un doute fermée me narguait, en se balançant légèrement d’avant en arrière.

Je pensais que rien ne pouvait être pire que ça, mais c’était sans compter l’horrible nuit que j’ai passée quelques jours plus tard.

J’étais dans mon lit, lumières éteintes et rideaux tirés, presque entièrement plongée dans les ténèbres si ce n’était le faible rayon de lune qui filtrait à travers les rideaux. Le silence était total, me berçant et me faisant lentement glisser vers le sommeil, lorsque tout à coup, j’ai entendu une voix murmurer à mon oreille.

« Bonne nuit. »

J’ai brutalement ouvert les yeux, pleinement alerte, pour tomber nez à nez avec un visage qui me fixait dans le noir. Quelqu’un était dans le lit avec moi !

J’ai hurlé en bondissant hors du lit, atterrissant lourdement sur le plancher, et la chose sous mes draps s’est mise à hurler aussi. Sous le coup de la terreur insoutenable, j’ai complètement perdu mes moyens. Au lieu de m’enfuir, j’ai fermé les yeux et je me suis plaqué les mains contre les oreilles, priant et me balançant d’avant en arrière, des larmes coulant sur mes joues. Je ne sais pas combien de temps je suis restée prostrée sur le sol, à lutter contre la folie qui menaçait de me submerger, mais quand j’ai eu le courage d’ouvrir à nouveau les yeux, tout était redevenu normal. Le silence était de retour, et il n’y avait plus personne.

C’est à ce moment-là que j’ai compris.

Ce n’était pas mon imagination. Je ne vivais plus seule. Quelque chose avait envahi ma maison.

Pourquoi maintenant, après toutes ces années passées dans la solitude et la paix ? Qu’est-ce qu’ils me voulaient ? Cherchaient-ils à me faire du mal ? J’ai de nouveau été submergée par la terreur et l’angoisse à cette pensée. Je ne voulais pas qu’ils me fassent du mal, je voulais juste vivre tranquillement chez moi. Qu’est-ce que j’étais supposée faire ?

J’ai pris une profonde inspiration, essayant de me calmer et de mettre de l’ordre dans mes idées. Je ne pouvais pas aller chercher de l’aide. Il m’était impossible de sortir, le monde extérieur me terrifiait. La seule solution qui me venait à l’esprit était de faire profil bas. Serrer les dents et subir ces phénomènes sans broncher, pour qu’ils ne me remarquent pas. Dieu seul savait ce qu’ils étaient capables de me faire, et je ne tenais pas à le découvrir. Peut-être qu’avec le temps, ils disparaîtraient, et tout redeviendrait comme avant. Je me suis accrochée à cet espoir de toutes mes forces.

Si seulement j’avais su à quel point les choses allaient mal tourner…

Les jours suivants, j’ai vécu comme un animal apeuré dans ma propre maison. Je marchais sur la pointe des pieds, essayant de me faire oublier, mais en vain. Les phénomènes, au lieu de s’estomper comme je l’avais espéré, empiraient, devenaient cauchemardesques. Les portes s’ouvraient et se fermaient constamment, les placards de la cuisine aussi. Les objets changeaient de place, et certains se cassaient avec un fracas épouvantable. Les bruits de pas que je n’entendais que ponctuellement étaient devenus réguliers, passant parfois juste à côté de moi, et je les sentais me frôler, provoquant des frissons glacés et une terreur indescriptible à leur passage. Les bribes de conversation sont devenues des conversations complètes, comme s’ils étaient dans la pièce avec moi, mais je ne voyais personne. Je refusais d’écouter ce qu’ils se disaient. Tout ce que je voulais, c’était nier leur existence, mais je n’y arrivais pas. Leur présence était désormais trop forte, écrasante. Je sentais la fine barrière séparant nos deux mondes se plier, prête à céder à la moindre secousse.

Et au milieu de ce cauchemar, tout ce que je pouvais faire était de me terrer dans un coin de ma maison, mes genoux serrés contre moi, suppliant que tout s’arrête. J’étais au bord du désespoir et de la folie, déchirée entre la terreur que me provoquaient ces phénomènes et ma peur insurmontable de sortir pour m’enfuir.

Mais le pire était encore à venir.

Au fil des jours, j’ai commencé à les apercevoir. Des silhouettes noires, éthérées, qui déambulaient dans ma maison, profanant mon sanctuaire et mon intimité. Le point de non-retour avait été atteint.

Il était temps de faire quelque chose.

Si je voulais garder ma maison et la paix qui y régnait il y a quelques jours à peine, je devais prendre mon courage à deux mains et chasser ces intrus, une bonne fois pour toutes. Se cacher n’était plus une solution. Cela n’a jamais été une solution.

Forte de cette conviction, et poussée en avant par un courage dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence, je me suis dirigée vers la cuisine. Sur le plan de travail était posé un couteau que je n’avais jamais sorti. On aurait dit qu’il m’attendait. Cela n’a fait que renforcer ma détermination. Je l’ai saisi et je suis sortie dans le couloir, là où une silhouette éthérée venait de passer. Je l’ai suivie jusqu’au salon, là où d’autres silhouettes se trouvaient. Deux grandes, et deux petites. En les voyant, tout ce qu’ils m’ont fait subir ces derniers temps m’est revenu en mémoire, et submergée de rage, j’ai lancé le couteau vers la silhouette la plus proche, suivi par tous les objets que je pouvais saisir, avec toute la force dont j’étais capable, en leur hurlant de partir, de me laisser tranquille.

Le remue-ménage qui a suivi m’a emplie d’un mélange de satisfaction et de peur. Toutes les ombres se sont mises à hurler également, des hurlements lointains et distordus, et en quelques minutes, elles ont traversé la pièce et ont disparu dans le couloir. J’ai entendu leurs bruits de pas s’éloigner, puis la porte d’entrée claquer.

J’avais réussi. Ils sont partis.

Les jambes tremblantes, je me suis laissée glisser au sol. Je suis restée un long moment dans cette position, la tête baissée, savourant ma victoire et le retour du calme et de la paix, la peur me quittant petit à petit. Je ne sais pas combien de temps je suis restée perdue dans mes pensées, mais quand j’ai relevé la tête, une nouvelle silhouette se tenait devant moi.

J’ai sursauté et j’ai reculé aussi loin que je le pouvais, mais je sentais au fond de moi que cette ombre était différente. Elle était entourée d’un halo de lumière pâle, et ne dégageait aucune menace.

Quand elle a pris la parole, sa voix n’était que bienveillance.

« Tu dois lâcher prise. C’est leur maison, tu n’as plus à être ici. La mort est très difficile à accepter, mais ce n’est que le commencement. Une autre aventure t’attend. »

La culpabilité et la honte enfouis au plus profond de moi-même m’ont submergée. Depuis mon accident, je m’étais raccrochée de toute ma volonté à ce simulacre de vie. Je n’avais jamais vraiment compris ce qui s’était passé, à part le fait que j’étais tombée dans les escaliers, et que ma nuque s’était brisée pendant la chute. Je me suis vue allongée par terre, le cou tordu, seule et oubliée. Et quand ils sont enfin venus chercher mon corps, après des jours et des jours, je ne les ai pas suivis. Je suis restée là, dans cette maison si chère à mon cœur, et j’ai essayé de continuer ma vie. Mais je me berçais d’illusions.

Je n’ai pas de vie. Je ne suis pas même pas vivante. Et à moment ou un autre, je vais devoir affronter ce qui m’attendait à l’extérieur.

« C’est une charmante famille. Un jeune couple, deux enfants en bas-âge. Ils viennent d’acheter la maison, et ils n’aspirent qu’à mener une vie tranquille. Ils en prendront grand soin, je te le promets. Tu peux partir l’esprit tranquille. »

Au fur et à mesure de ses paroles, la silhouette se précisait. En me concentrant, l’ombre floue laissait place à un vieil homme, avec des vêtements religieux. Un prêtre.

C’était peut-être tout ce que j’attendais. Qu’on me dise au revoir.

Un grand vide m’a envahie alors que le prêtre récitait des prières. Il était temps.

Je me suis levée, et je me suis dirigée vers la porte d’entrée, cette porte tant redoutée.

Je l’ai ouverte, et j’ai fait un pas à l’extérieur…

Texte par Daenys

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4 Commentaires

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    • donald tromp d'elephant Le 27 avril 2020 à 15 h 48 min
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    miam

    • Laurie Le 24 février 2020 à 14 h 17 min
    • Répondre

    Humm pourquoi j’ai plus envie de pleuré que d’avoir peur ? Mais très belle histoire

      • Lycarus Le 9 avril 2020 à 9 h 32 min
      • Répondre

      Intéressant

    • Iliane Le 10 février 2020 à 9 h 01 min
    • Répondre

    C est super triste ?

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