Creepypasta FR : Quels sont tes derniers souvenirs ?

« Quels sont tes derniers souvenirs ? »

La question était on ne peut plus anodine. Et pourtant, j’ai senti que son véritable sens m’échappait complètement.

Mes derniers souvenirs ?

J’étais dehors, seule. La nuit venait de tomber. Je me dirigeais vers une fête, une fête d’anniversaire il me semble. Oui, c’est ça…l’anniversaire de Nelly, ma meilleure amie.

Au détour d’une ruelle, après quelques minutes de marche, j’ai aperçu sa maison. Je me réjouissais d’avance de la soirée grandiose qui s’annonçait. Mais soudainement, j’ai entendu quelque chose s’approcher, et ensuite… plus rien, je me suis réveillée ici.

Je ne savais pas depuis combien de temps j’étais prisonnière de cet endroit. Je ne savais même pas où j’étais, à vrai dire. Je pensais avoir été enlevée, mais je ne savais pas comment, ni pourquoi et encore moins par qui. Il faisait tellement froid et tellement noir que je ne distinguais absolument rien autour de moi. Ma seule compagnie était cette voix, lugubre et pourtant si familière.

« Où…suis-je ? » j’ai tenté, d’une voix affaiblie par la terreur.

Aucune réponse.

Un profond silence s’est installé à nouveau. L’ambiance était oppressante et, sans aucun repère pour m’orienter, j’avais l’impression de flotter au-dessus d’un vide insondable.

La voix a repris la parole.

« Le 12 janvier 1952, cette date te parle-t-elle ? »

Cette question n’avait pas plus de sens que la précédente. Que voulez-vous que je réponde à ça ? Je n’étais même pas née à cette époque ! À moins d’avoir loupé une date importante durant mes vieux cours d’histoire au collège ou au lycée, cela ne m’évoquait absolument rien.

« Je ne comprends pas vos questions, » je lui ai répondu aussi sèchement que possible.

J’avais peur, mais je n’avais pas l’intention de le lui montrer. Je ne voulais pas que cette personne, quelle qu’elle soit, puisse prendre le dessus sur moi d’une quelconque manière. Je n’avais pas la moindre idée de ce qu’elle voulait, ni le pourquoi de ses questions. Tout ceci avait l’air d’un jeu, un stupide jeu à sens unique.

Il a continué sans relever.

« Le 14 février 1905. Le 23 août 1939. Le 12 janvier 1952… »

Je ne voyais toujours pas où il voulait en venir. Ces dates devaient vraiment me rappeler quelque chose ? Elles semblaient n’avoir aucun lien entre elles, elles ne renvoyaient à ma connaissance à rien de particulier.

J’ai réfléchi. Peut-être une allusion à mes parents ? Ou à mes grands-parents ?

« …Le 14 juillet 2016. »

Mes pensées se sont arrêtées net. J’ai senti quelque chose se briser en moi. Le 14 juillet 2016… Non, c’était impossible. Qui était cette personne ? Comment pouvait-elle savoir ? C’était un hasard, c’était forcément un hasard.

Mais je n’arrivais pas à m’en convaincre moi-même. J’ai senti les larmes monter malgré moi, mais elles refusaient de couler.

« C’était un accident ! » j’ai crié dans une vaine tentative de me justifier.

« Comme à chaque fois. Cela fait beaucoup d’accidents. »

De quoi diable parlait-il ? Ce n’était pas ma faute… j’avais beaucoup bu ce soir-là, jour de fête nationale oblige. Et il était très tard quand j’ai quitté mes amis, j’étais vraiment dans un triste état. J’ai tout de même pris ma voiture pour rentrer chez moi, j’ai roulé, et… il était là, en plein milieu de la route ! Comment aurais-je pu l’éviter ?

Après le choc, je n’ai pas su quoi faire. J’ai été submergée par la panique, je me voyais passer le reste de mes jours en prison. Et il en était hors de question. Alors j’ai continué. J’ai continué en le laissant sur le bord de la route, sans même descendre de mon véhicule, sans même vérifier son état. J’ai continué mon chemin sans un regard en arrière.

« Tu aurais pu le sauver. Beaucoup de choses auraient été différentes à l’heure actuelle. »

Mais quel était le but de ce jeu pervers ? Me faire culpabiliser, regretter, demander pardon ?

Était-ce un parent de la victime ? Ou alors… la victime elle-même ? Peut-être avait-elle survécu et cherchait à me faire payer ?

« Si vous voulez vous venger, faites-le ! Mais arrêtez ce cirque ! »

« Ce n’est pas le but recherché. »

« Mais que voulez-vous à la fin ?! J’ai de l’argent, plein d’argent, donnez-moi votre prix et oubliez-moi ! »

« L’argent n’intéresse malheureusement que toi. Comme toujours. »

« Alors relâchez-moi ! »

« Je ne t’ai jamais retenue. »

La prise de conscience fut immédiate. En effet, bien que je ne voyais absolument rien autour de moi, je n’étais pas pour autant attachée à quoi que ce soit. Ni même entravée par des liens.

Non, la réalité était bien pire.

Je ne sentais plus mes mains. Ni mes bras. Ni même mon corps.

« Qu’est-ce que… »

« Parle-moi de Joseph. »

Joseph, mon ex-mari ? Qu’est-ce qu’il venait faire là-dedans ? Je ne l’avais pas vu depuis plusieurs mois. C’était ce lâche qui avait orchestré toute cette mascarade ?

Il est vrai je n’avais pas été très tendre avec Joseph suite à notre divorce. Je l’avais complètement ruiné, pour être honnête. Mais à quoi lui aurait servi tout cet argent ? Il m’appartenait autant qu’à lui de toute façon. Certes, il était le seul à travailler dur… mais nous étions mariés, après tout. Et je ne le voyais pas souvent, ça n’a pas aidé. Oui, c’est uniquement de sa faute s’il en est arrivé là.

 « Tu n’apprends décidément jamais. C’est bien dommage. »

Je n’en pouvais plus de ces non-dits et de tous ces mystères. Cela ne semblait pas l’amuser non plus, alors à quoi bon ? Je ne comprenais rien à ce qui se passait, et mon tortionnaire n’avait pas l’air de vouloir me donner d’explications. Cette situation, en plus de n’avoir aucun sens, devenait insupportable. Je voulais juste en finir, peu importe le but de tout ceci.

Après un bref moment, il a de nouveau repris la parole.

« Qu’en pensez-vous ? »

Cette question m’a glacé le sang. À qui s’adressait-il ?

Dans cette obscurité écrasante, j’étais partie du principe qu’il n’y avait que nous deux ici. Mais plus le temps passait et plus j’avais cette désagréable impression que d’innombrables regards étaient braqués sur moi. J’étais au centre de l’attention, analysée et jugée sous toutes les coutures, comme une bête dans un laboratoire.

Je n’ai pas tardé à avoir la confirmation que nous n’étions pas seuls. De lourds murmures sont montés de cette assemblée invisible. De plus en plus nombreux, de plus en plus pénétrants, avant de s’estomper petit à petit. Le silence assourdissant est revenu, résonnant et faisant écho à tout mon être.

« C’est donc unanime, elle n’est pas prête. Très bien. »

Sur ces mots, il a allumé ce qui semblait être un énorme projecteur, brisant les ténèbres ambiantes et m’inondant de toute sa lumière. Le changement était brutal après tout ce temps passé dans le noir, et j’étais littéralement aveuglée. Mais je devais voir, je devais savoir qui était cet homme et à quoi tout cela rimait.

Il m’a fallu quelques secondes pour me sentir prête. J’ai alors ouvert les yeux.

La réponse était là, simplement devant moi.

Et j’ai enfin compris.

J’ai commencé à pleurer, à crier même, de toutes mes forces, j’ai supplié comme je le pouvais, mais il était trop tard. Une fois de plus.

Des chuchotements se sont fait entendre, loin, très loin, puis de plus en plus proches. Je ne sentais toujours pas mon corps, mais soudainement, j’ai senti ma conscience se faire écraser par une force incommensurable. Je ne pouvais pas lutter. Une douleur inimaginable, indescriptible m’a envahie. Chaque fibre de mon être était compressée, torturée, réduite au néant. J’essayais de hurler, mais aucun son ne se faisait entendre. Et au milieu de cette agonie, l’esprit embrumé de souffrance, j’ai entendu la voix de celui que j’avais pris pour un Homme s’élever.

« Retourne d’où tu viens, et apprend de tes erreurs. Ce sera ta dernière chance. Nous nous reverrons. »

Et je me suis sentie partir.

Texte par Aedahn

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1 Commentaire

    • Lycarus Le 9 avril 2020 à 9 h 41 min
    • Répondre

    Pas mal ça j’aime bien le concept des souvenirs

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