Creepypasta FR : Où vont les personnes qui disparaissent

On ne parle pas de ceux qui ne reviennent jamais. Pas chez moi, pas à l’école, ni nulle part dans ma ville. Mais ne pas parler d’eux ne les ramène pas, et cela n’empêche pas d’autres personnes de disparaître, je vais donc vous dire tout ce que je sais.

La première disparition dont je me souvienne est celle de Julie Wilkins en primaire. Elle avait des tresses blondes et portait toujours un pull rouge vif, même en été. Le premier jour de son absence, je ne me suis pas posée de questions, mais au deuxième, j’ai demandé à mon professeur s’il avait des nouvelles d’elle.

« Julie ? Elle est assise là-bas, à sa place habituelle, » a répondu M. Peterson.

La fille assise à la place de Julie portait le même haut rouge vif, mais elle avait des cheveux noirs et un visage méchant et ne ressemblait en rien à Julie. J’ai essayé d’expliquer ça à M. Peterson, mais il ne voulait rien entendre.

J’ai continué d’insister, de plus en plus fort, devenant de plus en plus rouge et hurlant au professeur qui ne voulait pas m’écouter. Je me suis précipitée vers l’imposteur et je lui ai tiré les cheveux, exigeant avec toute la fureur obstinée d’une fillette de neuf ans de savoir ce qu’il était advenu de Julie. La fille a crié et m’a tiré les cheveux en retour, et très vite, nous avons été toutes les deux renvoyées à la maison plus tôt.

J’ai regardé Mme Wilkins, la mère de Julie, venir chercher la fille au visage mesquin. La femme lui a fait un câlin et l’a aidée à s’installer dans le siège arrière, puis elles sont parties ensemble comme si de rien n’était. Et chaque jour après cet événement, la fille aux cheveux noirs s’asseyait à la place de Julie et parlait avec les amies de Julie, jusqu’à ce que j’abandonne finalement et que je commence à l’appeler Julie aussi, environ un mois plus tard.

Il y a eu ensuite Kate Bennett en 6e. Steve Oshaki en 4e. Lisa Wellington en première. Il n’y a jamais eu de remue-ménage à propos de ces disparitions, il y en avait donc sûrement d’autres que je n’avais pas remarqué. D’ailleurs, j’appréciais la nouvelle Lisa beaucoup plus que l’ancienne, qui avait la sale manie de coller du chewing-gum partout, mais ça ne rendait pas la chose acceptable. Parce qu’à chaque fois que ça arrivait, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à comment ça se passerait, si j’étais la prochaine. Je n’aimais pas l’idée que quelqu’un d’autre dorme dans mon lit ou serre ma maman dans ses bras. Et j’aimais encore moins l’idée de ce qui avait bien pu arriver aux disparus d’origine.

En grandissant, j’ai commencé à penser qu’il y avait peut-être quelque chose qui clochait chez moi. Si leurs amis les plus proches et leurs familles n’avaient pas remarqué le changement, c’était peut-être parce qu’il n’y avait pas de changement du tout. Peut-être que j’en gardais un souvenir erroné, ou que j’avais des hallucinations. Peut-être que quelque chose clochait dans mes yeux ou mon cerveau ; une espèce de tumeur invisible qui se développait silencieusement jusqu’au jour où je ne connaîtrai plus personne et que plus personne ne me connaîtra.

Je vivais toujours dans la même petite ville pendant mes années d’université, et je n’ai pas oublié la leçon que j’avais apprise en primaire : j’ai gardé ma bouche fermée et j’ai fait semblant de ne rien remarquer. Mais c’est devenu beaucoup plus difficile de faire semblant quand je me suis réveillée un matin pour trouver un étranger qui dormait à côté de moi, là où se trouvait mon fiancé quelques heures plus tôt.

Je ne l’ai pas réveillé. Je l’ai juste regardé dormir, essayant d’imaginer ce qu’on deviendrait. Le nouveau Robert n’était pas laid. Il était en meilleure forme physique que mon fiancé. Si ça se passait de la même manière que les autres remplacements, il saurait qui je suis et ce que je représente à ses yeux.

J’ai essayé de jouer le jeu, mais je n’ai même pas réussi à passer la première matinée. J’ai frémi de rejet quand il m’a embrassée, et le simple fait de le regarder s’habiller avec les vêtements de Robert était suffisant pour que mon vrai fiancé me manque.

Je suis restée au lit, faisant semblant d’être malade jusqu’à ce qu’il parte pour le travail, puis je me suis précipitée pour faire mes valises. J’étais partie avant son retour. Je n’ai laissé aucun message, aucune lettre, aucune explication. Pourquoi devrais-je essayer de réparer le cœur brisé d’un étranger alors que je n’avais personne pour réparer le mien ?

Le nouveau Robert ne m’a pas laissée partir aussi facilement. J’ai bloqué son numéro, mais il s’arrangeait toujours pour m’envoyer des messages. Via réseaux sociaux, emails… Il avait même renommé notre compte Netflix commun pour dire que je lui manquais. Je lui ai finalement fait face lorsqu’il a découvert chez quelle amie je logeais et a frappé à la porte un soir.

« Ce n’est pas toi, c’est moi ». Des semaines de souffrances d’une blessure invisible, et c’était le mieux que j’aie trouvé. J’ai essayé de le convaincre que j’étais malade et que j’avais besoin de rester seule, et il a essayé de me convaincre qu’il m’aiderait à aller mieux. J’avais presque réussi à me débarrasser de lui quand ma stupide amie a commencé à pleurer en remerciant l’étranger de ne pas m’avoir abandonnée.

Je suppose que c’est là que j’ai laissé tomber. J’ai laissé l’inconnu me ramener à l’endroit qui était mon chez-moi il n’y a pas si longtemps. Je me tenais raide comme un piquet quand il m’enlaçait, et les cheveux sur ma nuque se sont hérissés quand il m’a caressé la tête en m’assurant qu’on allait surmonter cette épreuve ensemble. Puis je me suis allongée à côté de lui dans le lit que nous partagions, en me demandant comment la chaleur de son corps pouvait sembler tellement plus froide que l’amour.

Je n’ai pas dormi cette nuit-là. Je suppose que c’est pour cela que j’ai été la seule à entendre les coups sur la porte après minuit. Une série de coups hésitants, comme si la personne voulait être entendue mais avait peur d’être remarquée en même temps. J’ai pensé à réveiller l’étranger dans mon lit, mais j’ai finalement décidé que je me sentais plus en sécurité quand il dormait.

Je suis restée immobile dans le lit pendant de longues secondes avant d’entendre frapper à nouveau.  Les coups étaient plus rapides cette fois, plus urgents. Je me suis glissée hors du lit et j’ai descendu les escaliers sur la pointe des pieds, sans allumer aucune lumière. J’ai vérifié que les portes étaient bien verrouillées, puis j’ai regardé à travers le judas…

« Il fait froid ici, et je ne trouve pas mes clés, » a dit Robert à travers la porte. J’ai fixé mon vrai fiancé à travers le judas. « Tu es là ? Hé ho ? » Il a recommencé à frapper à la porte.

Comment pouvais-je ouvrir la porte ? Comment pouvais-je l’inviter chez nous alors qu’un autre homme était au lit à l’étage ? Mais en même temps, comment ne pas le faire, et prendre le risque de le perdre à nouveau ? Je suis restée figée devant le judas, le regardant serrer sa veste contre lui pour se réchauffer.

« Laisse-moi entrer, » il a dit à nouveau, plus fort cette fois. L’autre Robert allait bientôt se réveiller, s’il ne l’était pas déjà. « Laisse-moi entrer, laisse-moi entrer ! »

Soudainement, il a sauté contre la porte et a commencé à la marteler de ses poings. J’ai brutalement reculé, trébuchant et m’effondrant par terre. Le vrai Robert s’est tu instantanément, m’entendant sans aucun doute.

« Je sais que tu es là. Ne me fais pas ça. Laisse-moi entrer. Laisse-moi entrer ! »

Le martèlement a repris, plus fort que jamais. Toute la porte tremblait dans son cadre. La lumière s’est allumée à l’étage, suivie quelques secondes plus tard par le craquement du bois des escaliers.

J’ai déverrouillé la porte et je l’ai ouverte en grand, fermant les yeux et me préparant pour l’impact. Je m’attendais à ce que le vrai Robert me fonce dedans par la force de son élan.

« Ma chérie ? Qu’est-ce qui se passe ? » C’était la voix de l’étranger.

« Je ne sais pas. J’ai cru entendre quelque chose, » j’ai dit, ma voix sonnant creuse à mes propres oreilles alors que je fixais les ténèbres désertes. J’ai fait un pas dehors, accueillant l’air glacé qui enveloppait ma peau avec reconnaissance.

« Tu es déjà malade, n’empire pas ton cas. »

J’ai fait un autre pas, par défi. « Je ne suis pas malade. » Ma voix était plus assurée que jamais. « Je ne t’aime pas, c’est tout. »

Son grognement et sa grimace haineuse avaient duré moins d’une seconde, mais c’était suffisant pour que je ne voie plus jamais son visage sans m’en souvenir.

« N’ose même pas penser à le suivre, » a dit l’étranger.

« Suivre qui ? » j’ai demandé innocemment, avançant d’un autre pas dans la nuit glaciale.

Sa grimace de rage était de retour, et cette fois-ci, il a fallu plusieurs secondes pour qu’elle s’estompe. Il s’était presque détourné de moi, faisant à moitié demi-tour, quand il a apparemment changé d’avis. Il a plongé vers la porte, essayant de m’attraper. J’étais déjà en train de courir aussi vite que je pouvais, l’allée de béton glacé me déchirant les pieds, comme si un petit lambeau de peau était arraché à chaque pas.

« Ne va pas là-bas ! » il a hurlé. « Tu vas disparaître aussi ! »

Cela ne m’aurait pas dérangée de disparaître. Je pourrais disparaître avec Robert. Les autres pouvaient avoir la maison. Ils pouvaient s’habiller avec nos vêtements, rire avec nos amis et dîner avec ma famille à Noël, mais ils ne pourraient pas nous avoir. J’ai donc continué à courir, appelant Robert et espérant qu’il me trouve avant que mes poumons ne lâchent. Avant que l’étranger ne me rattrape et me ramène à l’intérieur en s’acharnant sur moi jusqu’à ce que je croie réellement être malade.

J’ai couru aussi longtemps que je pouvais, criant jusqu’à ce que ma gorge soit écorchée, mais je n’ai pas trouvé Robert. L’étranger avait laissé tomber des heures auparavant, mais j’ai continué à avancer jusqu’au matin, jusqu’à ce que mes doigts et mes orteils soient noirs et bleus, et que mon sang se transforme en glace dans mes veines.

Dès la première lueur du jour, je me suis retrouvée devant la maison qui était mon chez moi, à me demander si j’étais vraiment malade, et si c’était la fin de ma vie.

Seulement, ce n’était plus ma maison. L’étranger qui avait remplacé Robert était en train d’embrasser la nouvelle fiancée qui m’avait remplacée. Et il y avait notre voisin, qui les saluait comme s’il les connaissait tous les deux depuis des années. Et la vie continue pour le reste du monde, qui ne parle pas de ceux qui ne reviennent jamais.

En ce qui me concerne ? Sans amis, ni famille, ni de foyer que je pourrais appeler mien ? Je sais enfin où vont ceux qui disparaissent. Ils peuvent aller n’importe où, car il ne reste plus rien pour les retenir.

Histoire originale / Original Story
https://redd.it/9v0lk2
This story is NOT written by me and was originally posted on Reddit by : http://bit.ly/2T8JRcZ
I translate my favourite stories in good faith to share them with the french community, so they can discover some of the wonderful stories published in English. All credit goes to the original writers, and I’m very much thankful to them for sharing their awesome work and making this narration possible.
If you have any issues regarding the story, please email me at daenys.contact@gmail.com, and I will respond right away ! Thank you.

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