Creepypasta FR : Le monstre du manoir

Je n’avais que six ans, à l’époque. Ma mère m’a guidée à travers les bois sur un sentier à peine visible, pendant une éternité, avant que nous atteignions enfin le vieux manoir. Il était beaucoup moins délabré, à cette époque, et avait même de l’électricité et de l’eau courante. Mais il donnait malgré tout l’impression d’être ancien et usé.

« Pourquoi sommes-nous ici ? » je me souviens lui avoir demandé. J’étais effrayée. Peut-être qu’elle s’en rendait compte. Elle m’a regardée avec des yeux qui, je pensais, exprimaient l’agacement, mais je sais maintenant que c’était de la pitié. Elle ne m’a pas répondu. Au lieu de cela, elle m’a fait signe de pénétrer à l’intérieur.

J’ai su dès l’instant où j’ai franchi le seuil que j’allais détester cette maison. Elle incarnait la solitude et l’isolement. Mère m’a guidée à l’étage et m’a désigné une porte.

« Tu dois aller là-dedans, » elle m’a dit.

« Pourquoi- » j’ai commencé, mais elle m’a interrompue.

« Tu dois le faire. »

Je lui ai obéi. Je n’étais qu’une petite fille.

À peine entrée dans la pièce, elle a claqué la porte derrière moi. Je l’ai aussi entendue tirer un loquet. J’ai frappé à la porte. « Maman ? Qu’est ce que tu fais ? »

Elle pleurait quand elle m’a répondu.

« Quelque chose vient te chercher. Je dois t’enfermer ici, pour que tu restes en sécurité. »

Elle avait utilisé les mots « quelque chose » pour décrire ce qui venait pour moi. « Quelque chose ». Elle n’utilisait pas encore le mot « monstre », mais elle finirait par le faire. Oui, elle le ferait très certainement.

La pièce dans laquelle elle m’a enfermée était une salle de bain. Vieille et pourrie. Les toilettes fonctionnaient toujours, et il y avait de l’eau courante, mais en dehors de cela, tout était délabré et insalubre. Il y avait un espace entre le bas de la porte et le plancher, suffisamment grand pour que de la nourriture puisse être glissée en dessous.

J’allais rester enfermée dans cette pièce pendant des semaines. Peut-être même des mois.

Parce qu’un monstre en avait après moi, vous savez. Un monstre.

*

« Mère, » je me souviens avoir crié à travers la porte, quelques jours plus tard. « Le monstre ne va-t-il pas t’attaquer quand il arrivera ? Ne devrais-tu pas être à l’intérieur avec moi ? »

Mais elle m’a répondu qu’elle était en sécurité. Que le monstre n’allait pas lui faire de mal, que c’était après moi qu’il en avait. Elle me glissait de la nourriture sous la porte trois fois par jour, et je lui en étais toujours reconnaissante. Parfois, elle me lisait des histoires, assise dos contre la porte. Elle me disait que ce ne serait plus très long, et qu’une fois que le monstre arrivé, je pourrais sortir.

J’avais peur et je me sentais seule dans cette salle de bains. De temps en temps, je repensais à quand j’étais plus jeune, quand j’étais allongée dans mon lit la nuit, écoutant ma mère chanter mes berceuses favorites, me disant que tout allait bien. Que je devrais dormir. Qu’il n’y avait rien à craindre. Elle me caressait les cheveux en me rassurant. Je regardais à travers ma fenêtre en l’écoutant chanter, admirant les étoiles. Elles semblaient scintiller au rythme de sa voix.

J’ai commencé à chanter ces berceuses, enfermée dans cette pièce, en pensant à ces moments avec ma mère. Espérant qu’un jour, la vie redeviendrait comme avant. Parfois, elle s’asseyait de l’autre côté de la porte et chantait avec moi. J’aimais quand elle faisait cela. C’était le plus proche que je pouvais avoir de notre ancienne vie.

Parfois, alors que je dormais profondément dans cette pièce délabrée, je me réveillais en sursaut au son d’un grognement ou d’un féroce rugissement résonnant à travers le vieux manoir. Le monstre était là. Je me relevais en un éclair et j’appelais ma mère, paniquée.

« Le monstre ne peut pas me faire de mal, » me rappelait-elle. « Tu as de la chance d’être enfermée dans cette pièce, en sécurité. »

Mais j’ai commencé à me demander si j’étais vraiment en sécurité.

Une nuit, après plusieurs semaines dans cette salle de bain, j’ai fait un terrible cauchemar. Je m’en rappelle dans les moindres détails. Ma mère se tenait de l’autre côté de la porte et me disait « Le monstre est parti la nuit dernière. Il n’est plus là. Tu peux sortir en toute sécurité maintenant ». Puis elle a déverrouillé la porte.

Mais quand elle s’est ouverte, ce n’était pas ma mère qui se trouvait de l’autre côté. C’était le monstre. Il était hideux, et ne ressemblait à aucun être vivant en ce bas-monde. Il s’est jeté sur moi et a commencé à me déchiqueter. Ça ne ressemblait pas à un rêve. La douleur semblait réelle. La douleur ÉTAIT réelle. Il me dévorait vivante. La douleur était surréaliste, et a duré de longues minutes. Je ne pensais pas qu’une telle douleur puisse exister. Et, lentement, ma conscience a commencé à s’estomper. Le monde s’est assombri autour de moi, et la douleur a reculé, jusqu’à disparaître complètement. Il n’y avait plus que les ténèbres. Des ténèbres écrasantes. J’étais morte.

Et au moment précis où j’avais l’impression que la mort s’installait, je me suis réveillée.

Toujours dans l’obscurité. J’ai pensé que j’étais réellement morte, pendant quelques instants. La mort n’était que des ténèbres silencieuses. Mais c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que l’ampoule de la salle de bain avait simplement grillé.

« Maman ! » j’ai crié. « Il fait noir ici ! »

Elle ne m’a pas répondu. Je pouvais l’entendre pleurer alors qu’elle s’éloignait de la porte.

Et, à partir de ce moment-là, tout le temps que j’ai passé dans cette pièce était dans une obscurité totale et profonde.

Je ne sais pas exactement combien de semaines se sont écoulées après cela, mais je me réveillais toujours aux sons du monstre. Ça arrivait de plus en plus souvent. Je ne pouvais jamais l’entendre clairement quand j’essayais de tendre l’oreille, mais ces grognements et rugissements me tiraient du sommeil. Ma mère restait de moins en moins au niveau de la porte.

Puis, un jour, j’ai remarqué qu’elle glissait bien plus de nourriture que d’habitude, sous la porte. L’équivalent de plusieurs semaines de nourriture. J’ai tout de suite compris ce que cela voulait dire. Elle allait m’abandonner. Je ne pouvais pas le supporter. J’ai commencé à frapper à la porte.

« Mère, laisse-moi sortir d’ici. Je m’en fiche, du monstre. Je m’en fiche ! Laisse-moi juste sortir, je ne peux pas rester ici plus longtemps. »

Elle ne m’a pas répondu. Au lieu de cela, elle s’est assise contre la porte, et a chanté pour moi. Mes berceuses préférées, quand j’étais petite. Elle a chanté toute la nuit. Elle pleurait en même temps, mais elle n’a pas arrêté de chanter. J’aurais dû chérir ce moment. J’aurais dû écouter, et savourer nos derniers moments ensemble. Mais je ne l’ai pas fait. J’ai frappé à la porte toute la nuit. Lui hurlant dessus. La suppliant de me laisser sortir.

Après d’innombrables heures, elle a finalement cessé de chanter.

« Adieu, ma fille, » elle a dit.

Ses pas ont résonné dans la vieille maison alors qu’elle descendait les escaliers, et j’ai entendu la porte d’entrée se fermer doucement derrière elle.

J’étais livrée à moi-même, maintenant. Seule dans les ténèbres. Enfermée. Abandonnée. Aucun mot ne pouvait décrire la trahison que j’ai ressentie. La solitude. La réclusion et la désolation. Même avec tout ce qui s’est passé depuis, je peux affirmer avec certitude que c’était le pire que j’aie jamais ressenti, le pire que j’aie jamais vécu. Rien ne pourra jamais l’égaler.

Ces derniers jours dans cette salle de bains étaient insupportables. J’étais toujours dans le noir complet, et j’avais mangé mes dernières rations. Je pensais que j’allais mourir de faim. Puis j’ai commencé à ressentir quelque chose de nouveau, quelque chose que j’avais réprimé pendant tout ce temps. De la colère. La colère d’être abandonnée. La colère d’être seule. La colère d’être enfermée loin du monde. De l’amertume. De la fureur.

Je me suis dirigée vers la porte de la salle de bains, et je l’ai frappée. Elle a volé en morceaux devant moi. Elle semblait fragile, comme du carton. La lumière m’a inondée, et j’ai enfin pu me voir. Mes mains étaient massives et hideuses. J’ai baissé les yeux vers les débris de la porte détruite.

Et c’est à ce moment-là que j’en ai pris conscience. Je venais enfin de comprendre.

J’étais le monstre.

*

Je suppose que ma mère savait en quoi je me transformais, et qu’elle avait eu un choix difficile à faire. Elle aurait pu mettre fin à mes jours, et épargner le monde de ce que j’allais devenir. Mais je pense qu’elle ne pouvait pas supporter cette idée. Elle a probablement pensé que me laisser vivre d’une autre manière était mieux que de ne pas me laisser vivre du tout.

J’y repense maintenant, et je me rends compte à quel point ces horribles semaines ont dû être terribles pour elle aussi, alors que je me transformais lentement en bête. Vous voyez, je peux avoir ces pensées, et écrire ces mots… mais si j’essayais de vous parler, vous ne comprendriez pas. Pour moi, mes mots seront normaux, mais pour vous, tout ce que vous pourrez entendre seront les cris et les grognements d’une monstre hideux. Je suppose que les sons que j’entendais quand j’étais enfermée venaient de moi, pendant que je dormais, et qu’ils me réveillaient parfois.

Et ce dernier jour où elle a chanté pour moi pendant des heures… J’imagine ce que cela a dû être, pour elle. Je frappais la porte en la suppliant de me laisser sortir. Mais tout ce qu’elle a dû entendre, ce sont les cris sauvages d’un monstre essayant de détruire la mince barrière que la séparait de lui. Mais malgré tout, elle était restée toute la nuit, me chantant des berceuses. Elle a dû deviner qu’une partie de moi-même était encore toujours capable de la comprendre.

Des années sont passées depuis. Ce qui était déjà un manoir très ancien et délabré est dans un bien pire état, maintenant. Et je déteste toujours autant cet endroit que la première fois que j’y ai mis les pieds. La nuit, je cours à travers les bois qui l’entourent, chassant de petits animaux. C’est de cette manière que je survis. Parfois, je vois de braves villageois s’aventurer dans la forêt. J’ai même essayé de leur parler quelques fois. Mais ils ne pouvaient pas me comprendre. Et oh combien ils étaient effrayés. Comment ils se sont enfuis en courant. Comment ils ont hurlé de terreur.

Je suppose que le village de l’autre côté de la forêt doit avoir de nombreuses légendes à mon sujet. Le monstre hideux et impitoyable de l’ancien manoir. Je suis probablement le croque-mitaine qui viendra chercher leurs enfants s’ils désobéissent. L’ombre les observant depuis l’obscurité des bois.

Et parfois, lors des nuits les plus calmes, ils peuvent même entendre les cris terribles, les grognements et les rugissements retentissant au-dessus des arbres. Oh, comment cela doit effrayer les enfants. Mais j’espère que cette lettre vous parviendra à tous. Ceci est mon histoire. C’est ce que je suis. Je ne vous veux aucun mal. Et vous pourrez dire à ces enfants effrayés que ce qu’ils entendent n’est pas si terrible. Dites-leur que je n’étais pas différente d’eux, et que ces sons ne sont pas ce qu’ils semblent être, peu importe à quel point ils ont l’air terrifiants dans ces nuits calmes et sans vent. Ils viennent d’un être solitaire, triste et brisé, qui lève la tête vers les étoiles la nuit, et les regarde scintiller, en chantant ses berceuses préférées.

Histoire originale / Original Story
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This story is NOT written by me and was originally posted on Reddit by : http://bit.ly/2Ym3rIs
I translate my favourite stories in good faith to share them with the french community, so they can discover some of the wonderful stories published in English. All credit goes to the original writers, and I’m very much thankful to them for sharing their awesome work and making this narration possible.
If you have any issues regarding the story, please email me at daenys.contact@gmail.com, and I will respond right away ! Thank you.

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