Creepypasta FR : La mariée sanglante

Quand les gens parlent de mariages d’enfants, la plupart du temps, ils ne pensent pas du tout aux États-Unis. Comme si l’Amérique était une sorte d’utopie où des choses aussi horribles ne se produisent tout simplement pas.

Mais ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? Le mariage d’enfants n’est peut-être pas très courant ici, bien sûr. Mais il existe. D’ailleurs, il n’y a que dix États qui ont des lois contre.

Et devinez quoi ? Je n’ai pas grandi dans l’un de ces États. Encore mieux, j’ai grandi dans une secte. Nos leaders ont vraiment mis l’accent sur l’idée de virginité, d’épouses « pures » … Et on m’a appris, dès mon plus jeune âge, que seule une jeune femme incarnait ces traits.

« Jeune femme » ne veut pas dire une femme de vingt ans, au fait. Pas même de dix-huit ans. Cela rendrait la chose plus compréhensible, pas vrai ?

On m’a vendue en mariage quand j’avais quatorze ans.

Dans un sens, j’étais parmi les plus chanceuses. Vous voyez, dans notre secte, une fille arrive à un « âge mariable » quand elle a ses règles.  Ma grande sœur a eu les siennes à neuf ans. Je me souviens encore de ses cris dans la salle de bain quand c’est arrivé. Ma mère ne nous avait jamais rien dit à propos des règles, ne nous avait rien appris sur nos corps. Ma sœur a vu tout ce sang et a vraiment cru qu’elle était en train de mourir.

Peut-être qu’elle était vraiment en train de mourir. Parce que quelques mois plus tard, on la mariait de force. Son mari avait dans les vingt-cinq ans. Elle pleurait chaque nuit jusqu’à l’épuisement, avant le mariage.

Je ne l’ai plus jamais revue.

Depuis le jour de mes neuf ans, j’ai vécu dans une peur mortelle de finir comme ma sœur. J’ai espéré et prié à notre version de Dieu que je ne sois jamais « mariable ». C’était comme une malédiction pour moi, de subir le même sort qu’elle. Pendant quelques temps, on aurait dit que quelque chose avait répondu à mes prières, parce que les années passaient, les unes après les autres, sans que rien n’arrive. Mes parents s’agitaient. Quand j’ai eu douze ans, mon père vérifiait ma culotte tous les soirs pour s’assurer que je ne leur cachais rien.

Mais ensuite, après mon quatorzième anniversaire, c’est arrivé. C’est arrivé durant la nuit, tachant mes draps, et je n’avais aucun moyen de le cacher.

Mes parents étaient tellement soulagés. J’étais tellement bouleversée que j’ai vomi en voyant la « preuve », ces draps tachés que je ne pouvais pas faire disparaître en priant.

L’homme à qui ils m’ont mariée avait quarante-trois ans.

Pouvez-vous l’imaginer ? Pouvez-vous imaginer vos parents vous… donner à quelqu’un, juste comme ça ? Même si j’ai toujours su que ça m’arriverait, ça faisait toujours mal. Ça a empoisonné quelque chose au plus profond de moi-même.

Ils n’ont pas attendu aussi longtemps pour mon mariage que celui de ma sœur. Apparemment, mon futur mari était pressé, parce qu’à peine un mois plus tard, nous étions mariés.

Je ne vais pas vous ennuyer avec les détails de mon mariage, ni de la première rencontre avec mon mari, ni du trajet jusqu’à notre nouvelle « maison ». J’ai dû être traînée de force dans la voiture, en criant et me débattant.

En revanche, je vous dirai ceci : Tout a changé sur le balcon.

Une fois arrivés chez lui, il m’a fait entrer dans la chambre à coucher, et, heureusement, m’y a laissée seule pendant plusieurs heures. Il m’a dit qu’il ne voulait rien d’autre que remplir son devoir d’époux – et nous savons tous ce que cela veut dire, pas vrai ? – mais qu’il avait des affaires urgentes à régler d’abord. Avant de quitter la pièce – et la fermer à clé, pour faire bonne mesure – il m’a dit d’enfiler la lingerie qu’il avait laissée pour moi sur le lit. Je l’ai regardée avec dégoût avant de la jeter par terre et sortir sur le balcon que j’ai découvert derrière d’épais rideaux. Mes parents devaient être fiers d’avoir réussi à me marier à quelqu’un d’aussi riche.

La nuit était glaciale, et de la neige tombait, couvrant lentement le sol en contrebas. J’ai envisagé brièvement de me jeter par-dessus la rambarde, mais j’avais trop peur. Je pensais qu’il y avait une petite chance que je survive, et je ne voulais pas penser à ce qu’il me ferait si ça arrivait.

Je venais de me décider à rentrer, et j’avais presque atteint la porte quand j’ai entendu quelque chose derrière moi. Curieuse, je me suis retournée.

La chose assise sur la rambarde du balcon était très étrange.

Elle était perchée là, sur ses pattes postérieures, comme un animal. Ses bras traînaient jusqu’au sol, ils étaient tellement longs qu’ils pourraient facilement m’atteindre, de l’autre côté du balcon où je me tenais. Chaque bras finissait par une énorme griffe qui semblait suffisamment acérée pour lacérer du cuir. Son corps était maigre, tellement maigre que je me demandais comment elle ne s’est tout simplement pas effondrée. Elle se balançait dans la brise, et ses pieds – enfin, son autre set de griffes, je suppose – ont resserré leur prise sur le balcon.

La peau sur son visage était sèche et ridée. Elle semblait presque décomposée, comme une momie. Sa bouche n’était rien de plus qu’un amas de chairs en boule qui s’étirait et se rétractait à chaque fois qu’elle bougeait sa mâchoire. Ses yeux étaient énormes, de la taille de balles de baseball, et complètement blancs. Elle me fixait de son regard vide et je la fixais en retour.

La dernière chose que j’ai remarquée était sa gorge. Il n’y avait pas grand-chose à voir, vraiment, à part une petite fente qui palpitait à chaque respiration. Je me demandais ce que c’était.

La chose a ouvert sa gueule en grand, et l’a laissée ouverte pendant une seconde, me laissant l’occasion de compter les petites échardes acérées qui lui servaient de dents.

Elle a incliné sa tête sur le côté et m’a demandé : « Pourquoi pleures-tu ? »

J’ai levé les doigts vers ma joue avec surprise. Je n’avais pas réalisé que j’avais recommencé à pleurer.

« Parce que… mes parents m’ont obligée à me marier avec quelqu’un alors que je ne voulais pas… et j’ai peur et… et… je veux rentrer chez moi ! »

Ma voix s’est brisée vers la fin. Pour être honnête, je n’étais plus tellement sûre de vouloir rentrer chez moi, mais je savais au moins que je voulais plus être ici, dans une maison inconnue avec un homme inconnu qui avait tout sauf des intentions inconnues.

La créature a cligné des yeux de surprise.

« Mariage ? Tu n’es qu’une enfant. Comment cela se peut ? »

J’ai caché mon visage dans mes mains alors que je pleurais plus fort. L’entendre le dire à haute voix a tout exacerbé, tout empiré. Ça a rendu la situation tellement plus réelle.

J’ai entendu un grattement, et j’ai levé les yeux pour voir la créature penchée sur moi. Même accroupie sur ses pattes arrière, elle était plus grande que moi. Elle a tendu le bras, et, avec une très grande douceur, a fait glisser sa griffe sur ma joue.

« Ne pleure pas, petit être. »

J’ai arrêté de pleurer, davantage à cause du choc qu’autre chose. Pendant une seconde, je me suis demandée si je devais avoir peur. Elle ne m’a pas laissé assez de temps pour prendre une décision.

« Quel est ton nom ? » elle a demandé.

« Euh… Marie. » En effet, comme la Sainte Vierge. Hilarant, pas vrai ? Comme une blague, qu’on ne m’a pas expliquée avant qu’il soit trop tard.

« Hmm. Marie. » Elle a hoché la tête pour elle-même, puis a retracté son bras. Sa griffe avait laissé un trait de sang sur ma joue. Je n’avais pas remarqué sur le moment.

« Marie. Ne pleure plus. Je vais t’aider. »

« Vraiment ?! » je me suis exclamée, dans un sanglot. Une bouffée de joie m’a inondée la poitrine. Bouffée qui s’est vite transformée en glace quand la créature a fait demi-tour pour partir. Elle a grimpé sur la rambarde, et je lui ai couru après.

« Hé, attends, où tu vas ?! Tu ne voulais pas m’aider ? »

Elle s’est tournée vers moi, ses yeux paraissaient presque tristes.

« Le moment venu. J’ai besoin que tu me donnes quelque chose, avant. »

« Qu’est-ce que tu veux dire ? Je te donnerai n’importe quoi ! »

J’avais le soufflé coupé de terreur. Je ne voulais pas qu’elle parte. Pas encore.

« J’ai besoin de ta haine. Quand tu en auras assez, je pourrais t’aider. »

J’ai senti mon cœur couler dans ma poitrine. Je haïssais. Je haïssais tellement. Je haïssais mes parents et l’homme dans l’autre chambre et tous ceux qui avaient regardé mon simulacre de mariage et n’avaient rien fait pour l’arrêter. J’avais tellement de haine, et pourtant, ce n’était pas assez. J’étais convaincue à ce moment-là que ce ne serait jamais assez.

« Comment tu t’appelles ? » j’ai demandé.

Elle a cligné lentement des yeux, puis elle a dit : « Tien. Tu peux m’appeler ‘Tien’, parce que c’est ce que je suis. »

Sur cela, la créature a rampé sous le balcon, disparaissant dans la nuit, la neige et le calme.

Et encore une fois, je me retrouvais amèrement seule.

*

J’étais assise sur le sol du balcon, à moitié couverte de neige quand il est revenu. Il m’a traînée à l’intérieur de la chambre avec dégoût, furieux que j’aie refusé de porter la lingerie qu’il m’avait choisie. Il m’a battue, m’a arraché mes vêtements, et m’a obligée à la mettre devant lui pendant que je sanglotais.

Vous et moi savons ce qui s’est passé ensuite. C’est une histoire que beaucoup de femmes ont racontée à travers l’histoire et elles l’ont toutes racontée mieux que je ne pourrais jamais le faire. Vous me pardonnerez donc, j’espère, d’omettre les détails de ce qui s’est passé.

Le jour suivant, je me suis réveillée couverte de sang et de bleus. Il m’a envoyée dans la cuisine pour préparer son petit-déjeuner. Je pouvais à peine marcher. À ce moment-là, je le haïssais.

Mais je suppose que ma haine n’était pas suffisante, parce que Tien n’est pas revenu.

Il n’est revenu qu’un mois plus tard. Mon « mari » me traitait comme une esclave, me faisant faire toutes les tâches ménagères et la cuisine dans la journée. Puis il me violait et me battait dans la nuit, jusqu’à ce qu’il y ait du sang dans mon urine et que m’asseoir me fasse mal. Une nuit, j’ai accidentellement laissé le dîner cuire trop longtemps. Il n’était pas brûlé, non, juste laissé dans le four quelques secondes de trop.

Il m’a battue jusqu’à ce que je vomisse, vomi qu’il m’a obligée à nettoyer. Il m’a enfermée sur le balcon et m’a laissée dormir dehors, dans la neige.

Et je le haïssais. Oh, je le haïssais tellement.

Tien est venu à moi cette nuit-là, sur le balcon. S’il n’était pas venu, je serais probablement morte de froid. Il s’est enroulé autour de mon corps et m’a gardée au chaud. Il était étonnamment chaud, vous savez, pour un… un je ne sais trop quoi. Il me murmurait des paroles réconfortantes à l’oreille, et m’a serrée fort pendant que je dormais.

Je n’ai plus vu Tien pendant quelques mois après cela. Les jours passaient avec une relative monotonie. Ce n’était que six mois après mon mariage que j’ai réalisé que quelque chose n’allait pas.

C’était drôle, d’une sinistre façon. C’est lui qui a compris en premier. Je vomissais un matin, et il entré dans la salle de bain.

« Tes dernières règles datent de quand ? » il a demandé.

Je ne les avais pas eues depuis plus de deux mois, et je lui ai dit. Stupide comme j’étais, je n’avais pas réalisé qu’il fallait que j’en ai tous les mois.

« Je le savais. »

Ses yeux brillaient d’excitation quand il est passé derrière moi, serrant ses bras autour de mon ventre, le caressant. J’ai retenu l’envie de vomir à nouveau.

« Tu es enceinte. Tu vas mettre au monde mon bébé. »

Il était absolument ravi. Je tremblais de terreur. Un bébé ? Moi ? Je ne savais pas grand-chose sur comment on avait des bébés, mais je savais que ce n’était pas agréable. Ça faisait mal et ça vous rendait malade et à la fin, il fallait prendre soin de la chose et comment j’allais réussir à faire tout ça ? Quand il est parti au travail, je me suis effondrée par terre et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’ai pleuré pendant une heure entière avant de réussir à me relever pour effectuer mes corvées.

Cette nuit-là, j’ai attendu sur le balcon. Cette nuit-là, Tien est venu.

Il s’est perché sur la rambarde, me fixant. Mes yeux et ma poitrine étaient noyés.

« Je le hais. Je le hais sincèrement. »

« Le hais-tu ? »

J’ai acquiescé. Il m’a fait signe de m’avancer.

« Viens, approche. »

Il a tendu le bras, sa griffe laissant une caresse sanglante sur ma joue, me regardant droit dans les yeux. Son regard a soutenu le mien pendant une longue minute avant qu’il ne secoue la tête.

« Non, non. Ce n’est pas assez. »

J’ai pleuré lorsque sa griffe s’est éloignée.

« Quand est-ce que ce sera suffisant ? Je ne peux plus haïr davantage. Je ne peux pas. Je le hais plus que je n’ai jamais haï quoi que ce soit en ce monde. Qu’est-ce que je suis supposée faire ? »

Tien s’est penché vers moi, pressant sa bouche contre mon front, dans une étrange imitation de baiser.

« Le moment venu, » il a dit.

C’était là tout le réconfort qu’il m’a donné avant de sauter du balcon, m’abandonnant aux ténèbres.

*

Dans les mois qui ont suivi, mon ventre s’est élargi. Mes inquiétudes ont grossi avec.

Mon mari ne voulait pas m’emmener voir un médecin. Il m’a dit que j’aurais un accouchement à domicile. Il ne voulait même pas me donner de médicaments. Il ne me disait pas ce que je devais faire pour garder ce bébé en bonne santé. Je ne savais rien de ma propre grossesse.

Pire encore, je m’inquiétais de ce qui arriverait après la naissance. Et si c’était une fille ? Vous voyez, si c’était un garçon, je n’aurais pas besoin de m’inquiéter autant. Les garçons avaient le droit d’aller à l’école. Les garçons avaient le droit de choisir leurs épouses. Ils avaient le droit d’aller et venir à leur guise.

Mais pas les filles.

Et si j’avais une fille ? Je me demandais ce que mon mari lui ferait. Comment il la regarderait. S’il… la toucherait. J’ai pensé à l’épouser à quelqu’un qui ferait le double de son âge. J’ai pensé au fait de ne jamais la revoir, tout comme je n’avais plus jamais revu ma sœur.

J’ai horriblement réfléchi à tout ça.

Donc, je suppose que vous direz que ce qui est arrivé était une bénédiction, même si à ce moment-là, ce n’était pas du tout l’impression que j’avais.

Mon mari est rentré ivre à la maison, une nuit. En colère. Cherchant la bagarre. Quelque chose s’était mal passé au travail, je suppose. Il avait des nuits comme ça. Mais j’ai bêtement pensé qu’il me laisserait tranquille cette fois. Après tout, j’en étais à plusieurs mois de grossesse. Je ne savais pas combien exactement, mais mon ventre dépassait clairement de ma silhouette frêle. Je n’avais pas plus de valeur qu’une poupée sexuelle, à ses yeux, mais je savais qu’il tenait au bébé.

Apparemment, il n’y tenait pas tant que ça.

Cette nuit-là, quand il m’a battue, je l’ai supplié d’arrêter. Je lui ai dit qu’il allait blesser le bébé. D’une certaine manière, cela l’a rendu encore plus en colère. Et quand il m’a frappée violemment au ventre, j’ai su qu’il ne ressentait aucun remord pour ce qu’il venait de faire.

Je suis tombée au sol, me tenant le ventre, m’y agrippant en criant. Il m’a crié dessus en retour, me blâmant, bien entendu. Me blâmant d’avoir perdu le bébé. Parce qu’on savait tous les deux qu’il était mort. Il ne pouvait pas encaisser un coup pareil et survivre.

Une heure plus tard, le sang est arrivé. Je n’avais pas spécialement désiré cet enfant, mais j’ai pleuré malgré tout. J’ai pleuré pour lui et pour moi-même. J’ai pleuré pour ce qu’est devenue ma vie. J’ai pleuré pendant qu’il hurlait à travers la porte de la salle de bain, me traitant de putain, de salope, de malédiction du Diable.

Une fois ses cris épuisés, il s’est traîné au lit et s’est effondré d’un sommeil éthylique. J’ai attendu jusqu’à être certaine qu’il était bien inconscient avant de déverrouiller la porte.

Je me suis traînée jusqu’au balcon, laissant une traînée de sang dans mon sillage. Je me suis effondrée sur le sol du balcon, levant les yeux vers la lune, voulant la maudire comme j’avais été maudite. J’étais là, à genoux, hurlant au ciel, essayant d’évacuer toute la haine et la rage et la colère en moi. Au lieu de cela, je n’ai réussi qu’à la faire grandir, encore et encore et encore.

Tien est apparu sur la rambarde du balcon. Il savait que quelque chose était différent, cette fois. Il est venu s’asseoir près de moi, caressant mes cheveux de sa griffe. Il essayait de me calmer. Mais il n’y avait plus rien à calmer.

J’ai senti qu’il attendait quelque chose, j’ai donc pris la parole.

« Je le hais. »

J’étais calme. Je n’ai pas haussé le ton. Je n’ai pas pleuré. J’ai simplement parlé du plus profond de ma poitrine, d’un endroit qui avait été verrouillé, jusqu’à ce moment précis.

« Je le hais pour ce qu’il m’a fait. Je le hais pour ce qu’il a fait au bébé. Je hais mes parents pour m’avoir donnée à lui. Je hais les personnes qui ont regardé et qui n’ont rien fait. Je les hais tous, et je veux qu’ils souffrent. »

Je ne sais pas ce que j’attendais de Tien à ce moment.  Je ne savais pas s’il serait triomphant ou sadique ou heureux. Tout ce que je sais, c’est que je ne m’attendais pas à ce qu’il me regarde de cette façon-là. Un regard triste, compatissant, résigné.

« Il est temps, pour moi, alors, » il a soupiré.

Sa voix était un murmure sur le vent que je pouvais à peine entendre.

« Si je fais cela, une partie de toi partira avec moi pour toujours. Comprends-tu ? »

J’ai acquiescé. Il n’y avait plus grand-chose en moi, mais s’il me voulait, il pouvait m’avoir. Il pouvait prendre toutes les parties, je n’en voulais pas.

Il s’est alors accroupi, suffisamment bas pour qu’il puisse glisser sa griffe dans ma main. En me la tenant, il m’a ramenée dans la chambre où dormait mon mari. Il m’a fixée de ses yeux vides.

« Regarde. »

J’ai regardé.

Tien a redressé son dos. Ce faisant, son cou est devenu plus long… et plus long… et plus long. Je pouvais entendre ses os craquer alors que son cou se déployait. La fente au niveau de sa gorge a commencé à s’élargir, jusqu’à devenir béante, révélant l’obscurité de ses entrailles.

Du trou béant, deux muscles sont sortis. Ils étaient longs et fermes, semblables à des pattes d’araignée, excepté qu’il n’y avait aucune fourrure dessus. Ils ne semblaient même pas avoir de peau. C’était juste une chair rouge, palpitante, qui sortait de ses entrailles. Un bruit profond, indescriptible, émanait de l’intérieur de sa poitrine pendant que les muscles continuaient de s’étendre, jusqu’à atteindre leur extension maximale.  Avec une pointe osseuse et acérée, les deux appendices reposaient sur le sol, le tapant avec impatience.

Tien était à quatre pattes, son corps à peu près à la hauteur de ma tête. Il avançait à un rythme douloureusement long, s’approchant du lit où comatait mon mari. J’ai remarqué que ses yeux étaient fermés, et il utilisait ses appendices pour tâter le lit, jusqu’à ce qu’il trouve la chair qu’il cherchait.

Une fois mon mari localisé, ses griffes se sont élevées. L’une l’a saisi au niveau de la clavicule, l’autre a attrapé son bassin. Tien s’est penché en avant, et tout s’est immobilisé pendant un instant.

Puis, il a tiré.

Il a tiré fort, tellement fort que le corps de mon mari s’est séparé en deux. Le temps qu’il se réveille et commence à crier, il était déjà coupé en deux, ses organes internes se déversant des deux parties. Ses hurlements d’agonie ont été vite noyés par le sang remplissant sa gorge. Alors qu’il se précipitait vers la mort, les étranges muscles sortant de la gorge de Tien ont commencé à rassembler les organes, les ramassant et les portant au niveau de l’ouverture dans son cou. Il a avalé mon mari partie par partie pendant que ses griffes s’occupaient d’ouvrir le corps. Une fois rassasié, mon mari était à moitié consumé, et il ne restait plus qu’un amas de chairs, de sang et de viscères qui n’avait plus rien d’humain. Ses restes ont continué à tressauter longtemps après sa mort.

Finalement, les appendices se sont rétractés dans la gorge de Tien. Le processus a pris plusieurs minutes, pendant lesquelles j’ai continué à fixer l’amas sanglant dans le lit. Je me demandais si je me souviendrais de cela pour toujours… Si peut-être, un jour, les images de son visage seraient remplacées par cette image de ma victoire. Je ne pouvais qu’espérer.

Tien est revenu vers moi, sa transformation achevée.

« Qu’est ce qui va se passer, maintenant ? » j’ai demandé.

« Je suis Tien, » il a répondu. « Tu dois choisir. »

*

Un aimable vieil homme dans une camionnette m’a emmenée à l’hôpital, plusieurs heures plus tard.

Il m’a trouvée marchant sur le bord de la route, couverte de sang – dont la majorité était le mien – et m’a proposé de me déposer, sans poser de questions. Je savais que j’avais un protecteur qui veillait sur moi. Un ange gardien ayant perdu ses ailes.

La police est venue, bien sûr. Je leur ai raconté ce qui s’est passé dans les moindres détails. Au début, ils étaient intrigués, puis stupéfaits. À la fin de mon récit, ils étaient convaincus que j’étais folle.

Ils l’étaient un peu moins quand ils ont trouvé le cadavre de mon mari. Ou plutôt, ce qu’il en restait.

J’ai été surprise du peu d’interactions que j’ai dû avoir avec la police, en fait. Je pensais qu’ils m’enfermeraient peut-être quelque part, ou qu’ils ouvriraient une grande enquête, quelque chose dans le genre. Au lieu de cela, ils m’ont expliqué que mon mari était un homme puissant. Que si notre mariage venait à être révélé, je pourrais devenir une cible. Je serais accusée de sa mort. Je serais traitée comme la putain qui a causé sa mort. Après tout, parmi les hommes riches, des choses comme les horreurs qu’il m’avait faites peuvent être négligées.

La version officielle de l’histoire est qu’il est décédé d’une crise cardiaque. La police savait que je ne l’avais pas tué, il était physiquement impossible que j’aie pu faire ça, surtout à quelqu’un qui faisait le double de ma taille. Ils pensaient probablement que j’avais fait faire le sale boulot par quelqu’un. Je suppose qu’ils n’ont pas tort.

Ils voulaient me mettre en famille d’accueil. Je n’ai même pas accordé une seconde à cette idée. Dès que j’en ai été capable, j’ai quitté l’hôpital, et je suis partie sans me retourner. Ils ne m’ont pas vraiment cherchée.

Ma visite suivante a été chez mes parents. Il m’a fallu un moment pour les retrouver, je n’avais presque jamais quitté ma maison en grandissant et je ne connaissais pas ma propre adresse. Mais je les ai trouvés.

Ils ont été surpris de me voir. Et mal à l’aise. Je me demande s’ils s’étaient déjà sentis coupables de ce qu’ils avaient fait. Ça n’avait aucune importance. Je leur ai demandé ce qui est arrivé à ma sœur. Ils m’ont répondu qu’ils ne savaient pas, mais je pouvais voir qu’ils mentaient.

Tien m’a aidée à m’occuper d’eux. Il les a maintenus au sol et les a lentement écorchés, les gardant en vie pendant des heures alors qu’ils hurlaient et suppliaient. Finalement, ils m’ont avoué la vérité : ma sœur a été assassinée par son mari deux ans après son mariage.

J’ai laissé Tien les tuer à ce moment-là. Ils ne m’étaient plus d’aucune utilité. Pendant qu’il s’occupait de les achever, j’ai fouillé la maison et j’ai volé tout l’argent que j’aie pu trouver.

J’ai erré pendant quelques années. J’ai utilisé l’argent pris chez mes parents pour falsifier des documents, afin de pouvoir travailler. C’était évident qu’ils étaient faux, mais certains employeurs s’en fichent. Plusieurs d’entre eux m’ont donné du travail par pitié, je crois. Ils pensaient que j’étais seule au monde.

Mais je n’étais jamais seule. J’avais toujours Tien pour me réconforter.

Je ne sais toujours pas grand-chose de lui. Je ne sais pas ce qu’il est, ni d’où il vient. Les rares personnes à qui j’en avais parlé pensaient que c’était une espèce de démon. Je sais que ce n’est pas vrai. Personne ne peut vivre ce que j’ai vécu et continuer à croire en Dieu. Les gens comme moi n’ont pas le luxe de ce genre de fantaisies.

Non, je pense que Tien est juste une autre créature, comme vous et moi, essayant de trouver sa voie dans ce monde. Et j’étais devenue précieuse pour lui.

Je comprends maintenant ce qu’il voulait dire, quand il m’a dit que je devrais lui donner une partie de moi-même. Vous voyez, à chaque fois que je lui donne un ordre, il prend une petite partie de mon humanité. Je ne m’en rendais pas compte au début. Après tout, je ne pensais pas qu’il restait en moi une quelconque humanité. Mais après que j’aie pris la vie de mes parents, je pouvais sentir que quelque chose en moi était en train de changer. Je change lentement, petit à petit, mais je change malgré tout.

Il ne voulait pas faire ça. Il ne voulait rien me prendre. Mais c’était le seul moyen de me sauver. C’était ce qui devait être ; les conséquences de notre marché.

Il pleure pour moi. Il pleure pour l’humanité que j’ai perdue et l’enfance que je n’ai jamais eue. Il pleure parce que je ne peux pas aimer. Enfin, ce n’est pas vrai. J’aime Tien. Je n’aime rien d’autre. Je ne pourrai jamais aimer autre chose.

Chaque jour où je me regarde dans le miroir, je vois quelque chose d’un peu moins humain. Peut-être que c’est son œuvre. Ou peut-être qu’une partie substantielle de mon humanité est morte quand on m’a forcée à me marier. Je ne le saurais jamais. Et plus important, je ne m’en soucie pas.

Dernièrement, je pensais à toutes les autres petites filles piégées dans ces mariages un peu partout dans les États-Unis. Ces petites filles qui se pensaient abandonnées par tout le monde, oubliées. Ces petites filles qui attendaient que quelqu’un vienne les sauver, parce qu’elles étaient incapables de se sauver elles-mêmes.

Mais je pouvais les sauver. Je pouvais le faire. Je ne sais pas combien d’humanité il me reste à offrir, combien je pourrais donner jusqu’à ce que je ne ressemble même plus à un être humain. Mais je pense que ça en vaut la peine. Si je peux sauver ne serait-ce qu’une enfant du destin qu’on m’a donné, des choix que j’ai dus faire, cela en vaudra la peine.

Il pleure pour moi, maintenant que j’ai pris ma décision. Mais je ne le regretterai pas. Je ne regretterai pas de donner ma vie et mon humanité pour une cause plus importante que moi-même.

Peut-être qu’avec le temps, moi aussi je serai comme Tien. Ou Tien sera comme moi. J’espère juste qu’il restera avec moi, pour que je ne sois pas seule.

Oui… C’est ce que je dois faire. Je suis prête, maintenant.

Histoire originale / Original Story
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This story is NOT written by me and was originally posted on Reddit by : https://bit.ly/2ZvKrE0
I translate my favourite stories in good faith to share them with the french community, so they can discover some of the wonderful stories published in English. All credit goes to the original writers, and I’m very much thankful to them for sharing their awesome work and making this narration possible.
If you have any issues regarding the story, please email me at daenys.contact@gmail.com, and I will respond right away ! Thank you.

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9 Commentaires

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    • LucRafteur Le 8 novembre 2019 à 20 h 55 min
    • Répondre

    La manière dont est racontée cette histoire est surprenante car ce n’est pas toutes les jours que l’on rencontre une histoire aussi réelle et fictive (en plus d’être assez horrifique).

    • Clémence Le 15 juin 2019 à 22 h 23 min
    • Répondre

    Parfait !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    • Clémence Le 15 juin 2019 à 22 h 23 min
    • Répondre

    Parfait !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    • Little Errant Boy Le 4 mars 2019 à 0 h 37 min
    • Répondre

    (*0*)*

    • Little Errant Boy Le 4 mars 2019 à 0 h 36 min
    • Répondre

    Elle est vraiment magnifique ?

    • Little Errant Boy Le 4 mars 2019 à 0 h 36 min
    • Répondre

    Elle est vraiment magnifique ?

    1. J’pense .
      A vrai dire tout le monde est beau/belle à sa manière !

    • maria Le 28 février 2019 à 12 h 07 min
    • Répondre

    ma creepy pasta prefere!!!

      • Une portugaise ! Le 16 juin 2019 à 17 h 42 min
      • Répondre

      Je suis totalement d’accord car, il y a du réalisme mélangé à du surnaturel !

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