Creepypasta FR : La Boîte à Jouets du Diable

« La Boîte à Jouets du Diable » est une légende urbaine que les fans d’horreur reconnaîtront comme étant inspirée de l’œuvre de Clive Barker, Hellraiser. Même si la « Boîte à Jouets » n’était pas vraiment une boîte, mais plutôt une pièce où le sol, le plafond et les murs étaient chacun composés d’un miroir géant.

Selon la légende, si vous restez seul trop longtemps à l’intérieur de cette salle de miroirs, le diable se montrera et volera votre âme. Dans la plupart des versions de cette histoire, il le ferait en vous écorchant vivant.

Je vous parle de tout ceci parce qu’il y a environ deux semaines, j’ai reçu un appel d’un vieil ami (qui était bien au courant de mon passé sordide) me demandant si je pouvais aider sa petite sœur, une jeune fille de dix-huit ans que j’appellerai Erin, habitant dans le nord de la Louisiane. Le village exact ne sera pas nommé pour des raisons qui deviendront bientôt évidentes.

Comme à peu près partout ailleurs, l’endroit où Erin avait grandi avait sa propre attraction de maison hantée, qui ouvrait chaque année en octobre. L’attraction s’appelait le Verger Hanté de Farmer’s Grave. Elle était aussi excitante que son nom l’indiquait, c’est-à-dire pas beaucoup. Donc, pour le précédent Halloween, les propriétaires avaient décidé de pimenter un peu les choses en construisant plusieurs installations interactives, dont une cabane sans fenêtre appelée « La Boîte à Jouets du Diable ». Cette cabane abritait une petite pièce aux murs couverts de miroirs.

C’est de cette manière qu’Erin l’a décrite, d’après ce qu’elle avait entendu, mais elle n’y a jamais pénétré elle-même. Le Verger Hanté avait fermé moins d’une semaine après son ouverture, à cause des nombreuses victimes qui avaient dû être hospitalisées après être entrées dans la Boîte à Jouets du Diable. Erin n’avait donc pas eu l’occasion de la tester elle-même avant la fermeture, mais elle avait entendu d’innombrables histoires à ce sujet de ses camarades de classes.

Apparemment, personne n’a pu rester plus de cinq minutes dans la pièce. Il y avait même un grand chronomètre à l’extérieur de la cabane qui indiquait le temps passé de l’occupant actuel, au-dessus d’un autre panneau qui indiquait le record du moment, qui était d’un peu plus de quatre minutes avant que l’attraction ne ferme ses portes. L’homme qui est parvenu à rester aussi longtemps, un certain Roger Heltz, cinquante-deux ans, père de trois enfants, a été réduit à l’état de muet aux yeux écarquillés. Il n’a prononcé aucun mot depuis.

Une femme avait subi une crise cardiaque après juste 90 secondes à l’intérieur de la Boîte. Un garçon de dix-sept ans avait dû être traîné hors de la cabane, criant et se débattant. L’adolescent s’est suicidé deux semaines plus tard. Les autorités n’ont eu d’autre choix que de fermer le Verger Hanté pour éviter d’autres victimes.

Bien sûr, cela n’a pas empêché les gens de parler la désormais tristement célèbre attraction. Durant tout le mois suivant, la Boîte à Jouets était devenue la seule chose à laquelle les gens pouvaient penser. C’était devenu une légende, et bien sûr, les enfants du village n’ont pas tardé à s’aventurer dans le Verger la nuit pour voir la Boîte de leurs propres yeux.

Le Verger Hanté de Farmer’s Grave appartenait à un couple d’âge moyen, Will et Darlène Sawyer. Lorsque le conseil municipal a ordonné aux Sawyer de fermer l’endroit, ils étaient tellement révoltés qu’ils avaient laissé toutes les attractions en l’état, y compris la Boîte à Jouets du Diable. Le Verger proprement dit se trouvait sur une parcelle de terrain située à l’arrière de la propriété des Sawyer et n’était accessible que par une étroite route de terre à deux voies.

Une nuit, plusieurs élèves de terminale de l’école d’Erin sont allés à la propriété des Sawyer suite à un défi, et ils ont affirmé avoir trouvé l’entrée de la Boîte cadenassée. Will Sawyer serait alors sorti de nulle part en leur demandant s’ils voulaient aller à l’intérieur. L’arrivée soudaine de Will avait d’abord surpris les jeunes, mais une fois qu’ils ont réalisé qu’il n’était pas en colère contre eux pour avoir pénétré dans sa propriété et qu’il semblait même heureux de les voir, ils ont accepté son offre d’aller à l’intérieur de la Boîte. Bien sûr, ils se sont dégonflés au moment où Will a déverrouillé la porte, et qu’elle a semblé s’ouvrir d’elle-même, comme une gueule béante affamée à la vue de la nourriture.

C’est de cette manière que les rumeurs à propos de jeux nocturnes dans la Boîte à Jouets du Diable ont commencé à circuler. La plupart des personnes qui se sont aventurées là-bas ont affirmé qu’ils ont rencontré Will Sawyer après avoir attendu à l’extérieur pendant une durée indéterminée. Quelques-uns avaient même prétendu être entrés à l’intérieur, mais personne ne les a crus. Personne n’est sorti de cette boîte en étant suffisamment sain d’esprit pour en parler.

La semaine dernière, le petit-ami d’Erin, Troy, était allé là-bas avec quelques-uns de ses imbéciles d’amis et n’était pas revenu depuis. Ses parents avaient signalé sa disparition, et Erin avait même parlé à la police des rumeurs circulant autour de la Boîte à Jouets, mais ils ne l’avaient pas prise au sérieux. Elle devenait folle d’inquiétude, et bien sûr, elle espérait que je sois suffisamment intriguée par son histoire pour venir l’aider à enquêter sur le Verger Hanté, car elle avait trop peur de le faire seule.

Erin habitait à trois heures de voiture de chez moi, j’ai donc demandé à mon ami Jason et sa petite-amie Gretchen de m’accompagner. Comme ça, je ne me sentirais pas bizarre de faire tout ce chemin pour rencontrer une gamine de 18 ans que je ne connaissais même pas.

Nous sommes arrivés dans la petite ville à 17h ce jour-là, et nous nous sommes dirigés vers LE McDonald’s, comme Erin l’appelait. J’avais rigolé au début quand je l’ai entendue dire ça, mais je me suis immédiatement sentie comme une abrutie de me moquer du fait que sa ville n’avait qu’un seul et unique McDo.

Notre rencontre en face-à-face a été très gênante au début, compte tenu des regards qu’on nous lançait. Mais je les comprends, trois adultes étrangers qui sortaient de nulle part pour rencontrer une adolescente au McDonald’s, ça peut donner de mauvaises idées. Heureusement, Gretchen a réussi à briser la glace avec une seule question.

« C’est toi qui as fait ça ? »

Elle montrait le sac à dos d’Erin, qui était en fait une poupée en peluche qui avait été transformée en sac. Les bretelles étaient faites de vieilles ceintures de sécurité au look rétro. Erin a hoché la tête en réponse et la mâchoire de Gretchen s’est décrochée.

« Oh mon dieu, tu pourrais m’en faire un ? Tu pourrais m’en faire DEUX ? » elle a demandé.

« Bien sûr, tant que tu me ramènes les fournitures, » a répondu Erin en riant.

« Deal ! » Gretchen souriait d’une oreille à l’autre en se tournant vers moi. « On doit aider cette fille, pour qu’elle puisse me faire des petits sacs-à-dos adorables. »

Il était un peu plus de 22h quand on est enfin arrivés au bout de la route étroite qui menait au Verger Hanté. On s’est garés près d’une grande arche de bois qui désignait l’entrée principale du Verger. J’ai sorti plusieurs lampes-torches de mon sac et j’en ai donné une à chacun, puis on s’est dirigés à l’intérieur.

L’endroit ressemblait à ce que j’avais imaginé : Une rangée de maisonnettes en bois de couleurs vives se trouvaient sur le terrain vide, bordées de grands arbres qui avaient été couverts de fausses toiles d’araignées et autres décorations « effrayantes ». Chaque maisonnette avait un panneau désignant le nom de l’attraction.

Il y avait un jeu appelé « Lancer de corne » qui, à en juger par l’illustration sur le côté, était un jeu de lancer de cerceaux qu’on devait réussir à accrocher à des cornes de démon. Il y avait aussi « Bowling de loup-garou », qui portait bien son nom. Et celui qui m’avait le plus attiré : « L’Exorciste », qui était un jeu de pistolet à eau où on devait viser des silhouettes de démon. Les réservoirs d’eau pour remplir les pistolets portaient une étiquette sur laquelle il y avait écrit : « Eau bénite ».

La Boîte à Jouets du Diable était la dernière cabane de la rangée. Elle était peinte en rouge profond, et la porte, qui prenait un mur entier, était cadenassée. Quelqu’un avait empilé une douzaine de chaises pliantes contre un des murs de la Boîte. Erin en a attrapé une, et l’a dépliée en disant :

« Maintenant, on attend. »

« Combien de temps ? » a demandé Gretchen.

« Ça dépend… Pas éternellement, j’espère. » Erin a fait un signe de la main vers les bois à notre gauche. Il y avait une fenêtre qui brillait dans l’obscurité lointaine. « Tu la vois ? C’est la maison des Sawyer. Ils doivent savoir qu’on est là. »

« Et c’est une bonne chose ? » Le ton de Gretchen était tendu, et elle avait un regard qui disait qu’elle venait juste de se rendre compte qu’elle n’avait aucune envie d’être ici. Avant qu’Erin puisse lui répondre, elle est tournée vers Jason.

« Bébé, tu peux m’accompagner à la voiture ? »

Jason lui a jeté un coup d’œil irrité. « Quoi ? Pourquoi ? »

« Parce que… Tout ceci est devenu bien trop réel. »

« Tu savais ce qu’on venait faire ici. Je te l’ai expliqué dans les plus PETITS détails. »

« Jason, s’il te plaît ? »

« Non. C’est des conneries, Gretch. Tu fais ça à chaque fois… »

« Je sais. »

« On a déjà eu cette discussion ! À cause de toi, je rate tout ce qui est cool ! »

« Je suis désolée. »

Elle a battu des cils et a regardé Jason d’un petit air contrit. Elle savait très bien qu’il ne pouvait rien lui refuser. Il a soupiré d’un air exaspéré et je lui ai tendu les clés de la voiture.

« Je reviens, » il a marmonné.

J’ai déplié une chaise et je me suis assise à côté d’Erin, regardant les faisceaux de lumière des lampes de Jason et Gretchen disparaître dans les ténèbres. Une pensée m’est venue à ce moment-là : Comme si tout cette situation ne ressemblait pas assez à Scooby Doo, il a fallu qu’on se sépare. C’était vraiment chercher les emmerdes.

Comme pour répondre à ma pensée, des bruits de pas s’approchant de nous se sont fait entendre. Erin et moi nous sommes levées à l’unisson, échangeant des regards paniqués avant de nous tourner vers les bois qui bordaient le Verger. Un homme d’âge moyen avec de longs cheveux a émergé des ténèbres. Il tenait une lanterne électrique et portait un peignoir ouvert sur un maillot blanc sale et un pantalon de pyjama. Il nous a souri et a levé un pouce vers le haut.

« Vous êtes là pour la Boîte ? »

« Plus ou moins, » a répondu Erin, et Will lui a jeté un regard perplexe.

« Est-ce que vous avez vu ce garçon ? » Je lui ai tendu mon téléphone, où il y avait une photo de Troy qu’Erin m’avait envoyée. Il a plissé les yeux.

« Peut-être… »

« Quand ? »

« Il y a quelques semaines. Il était l’un de ceux qui sont entrés dans la Boîte. La plupart ne veulent plus y aller, maintenant. Il est resté presque trois minutes dedans. Puis il est sorti en courant, en criant. »

Erin a laissé échapper un gémissement. « Parti en courant ? Parti en courant OÙ ? »

Will a pointé du doigt les ténèbres derrière lui.

« Dans ces putains de bois, qu’est-ce que tu crois ? J’ai ouvert cette porte et il est sorti en hurlant, complètement nu du bas. Il avait son caleçon sur la tête et son pantalon enroulé autour de son cou comme une écharpe. Honnêtement, c’était plutôt drôle. »

Erin s’est couvert la bouche de la main, ses yeux écarquillés se remplissant de larmes. Will a souri largement et nous a demandé :

« Vous voulez aller à l’intérieur ? »

« Nous ne sommes pas là pour la Boîte, » j’ai répondu, me plaçant devant Erin en toisant Will.

« Mais c’est à vous couper le souffle, » il a dit, en faisant un geste vers l’énorme porte de la Boîte à Jouets, qui s’est lentement ouverte. L’intérieur était plongé dans les ténèbres, mais je pouvais malgré tout voir quelque chose de vaguement humain se déplaçant à l’intérieur. Ouais, au diable ce bordel.

« Cours ! »

J’ai attrapé Erin par le bras et je l’ai tirée avec moi pendant que je courais loin de la Boîte. Je pouvais entendre quelque chose nous poursuivre pendant qu’on s’enfuyait vers l’entrée du Verger. Je dis « quelque chose », car ça n’avait pas du tout l’air humain. Ce que j’entendais n’étaient pas des bruits de pas, mais plutôt un long grattement, accompagné par une respiration humide qui rappelait un chien haletant.

Heureusement, Jason m’a entendu crier au moment où lui et Gretchen arrivaient à ma voiture. Ils se sont retournés, et nous ont vus, Erin et moi, courir vers eux avec une expression de terreur absolue. Jason a dû apercevoir la chose qui nous poursuivait, car son visage est devenu instantanément blanc.

Il a rapidement déverrouillé la voiture et s’est jeté derrière le volant, criant à Gretchen d’entrer. Elle s’est dépêchée vers le siège passager, et au moment où elle bouclait sa ceinture, il a démarré et a accéléré vers nous, réduisant la distance qui nous séparait en quelques secondes.

Jason a écrasé les freins en arrivant à notre niveau et la voiture s’est immobilisée à quelques centimètres de nous. J’ai essayé d’ouvrir la portière arrière, mais elle était verrouillée. Celle du côté d’Erin aussi. J’ai martelé la vitre de mon poing, et j’ai pointé à Jason le verrou de la porte. J’ai pu lire sur ses lèvres « Oh MERDE ! ».

Il s’est retourné et a scruté les commandes du tableau de bord, cherchant comment les déverrouiller. Le grattement que produisait la chose derrière nous s’approchait de plus en plus, mais j’ai refusé de regarder derrière moi et j’ai continué à marteler la vitre. Au moment où un Jason frustré réussissait enfin à déverrouiller la portière, c’était trop tard, la chose m’avait déjà atteinte.

Je me rappelle de quelque chose me traînant vers les bois. Je n’avais conscience de rien d’autre, au-delà de la vague impression d’avoir été piquée par un insecte avec une espèce de poison paralysant.

J’ai senti une poussée d’air frapper mon visage alors qu’une porte se fermait violemment devant moi. Puis les lumières se sont allumées, et j’ai réalisé où j’étais. À l’intérieur de la Boîte à Jouets du Diable.

La construction de la salle était en fait plutôt impressionnante. Le sol était constitué d’une épaisse feuille de Plexiglas transparent posée sur un miroir identique à ceux qui constituaient les murs et le plafond. Avec la porte fermée, le miroir de l’autre côté se fondait parfaitement à celui des murs. De fines ampoules fluorescentes passaient entre les crevasses où chaque miroir rencontrait le suivant, baignant la pièce et ses reflets infinis dans une pâle lumière jaune.

J’ai fait l’erreur de regarder en bas, et le gouffre des reflets que je surplombais a failli me faire tomber dans les pommes. J’ai fermé les yeux et tendu mes bras devant moi, cherchant le mur le plus proche. Je me suis adossée contre, essayant de contrôler les vertiges qui me terrassaient. Quelqu’un murmurait mon prénom.

« Lily… »

J’ai ouvert les yeux. Mon reflet me souriait.

« Tu lui appartiens, maintenant. »

Un hurlement m’a échappé, et je me suis éloignée du miroir contre lequel j’étais adossée. Quelque chose bougeait derrière mon reflet. C’était difficile à apercevoir au début, mais quelque chose passait À TRAVERS le couloir formé par mes reflets, se dirigeant vers moi.

Alors que la chose approchait, j’ai pu voir que c’était moi-même. Enfin, pas exactement. Ses traits étaient trop flous, comme si ce reflet se trouvait tellement loin derrière que son visage n’était plus qu’une vague silhouette déformée. C’était ça, la Lily qui venait vers moi.

J’ai commencé à marteler le mur où se situait la porte d’entrée, que je sentais cadenassée. J’ai hurlé de frustration avant de me retourner pour faire face à la chose qui approchait, et… qui n’était plus là. Mes reflets étaient redevenus normaux, il n’y avait plus d’autre moi flou dans le miroir. J’ai soupiré de soulagement. Deux secondes plus tard, elle émergeait du miroir en dessous de moi et m’attrapait par les jambes…

…Et je me suis réveillée en hurlant. Erin m’a regardée d’un air paniqué. Nous étions toujours assises en dehors de la Boîte à Jouets.

« D…Désolée… J’ai dû m’assoupir. »

Erin a ouvert la bouche. Elle a hésité avant de me répondre.

« Je m’inquiète à propos de tes amis. »

Je me suis frotté les yeux. « Pourquoi ? Ça fait combien de temps qu’ils sont partis ? »

« Un bon moment… Presque une demi-heure. »

J’ai sorti mon téléphone pour vérifier ce qu’Erin disait, et j’ai soupiré. « On devrait aller vérifier que tout est OK. »

Alors qu’on faisait demi-tour vers l’entrée du Verger, j’ai fait un signe de tête vers la maison des Sawyer.

« Tu penses qu’il va se montrer ? »

Erin a réfléchi en silence pendant quelques secondes, avant de hocher la tête.

« Je l’espère. Je ne saurais pas quoi faire, sinon. »

Je lui ai jeté un coup d’œil, inquiète qu’elle se mette à pleurer, mais son visage ne reflétait que de la résignation. Juste au moment où je me suis rendue compte que je la fixais, Erin a levé les yeux vers moi, et on a échangé un moment gênant de contact visuel. Je lui ai souri, essayant d’agir naturellement, et j’ai regardé à nouveau devant moi.

C’est là où j’ai réalisé qu’on s’était perdues dans le noir, et qu’on s’était retrouvées d’une manière ou d’une autre au niveau de l’épaisse étendue de bois qui bordait le verger, du côté opposé de là où nous allions.

« Comment diable… ? »

J’ai balayé la nature environnante avec ma lampe torche, essayant de me repérer, mais je n’ai pas pu localiser le Verger, ni aucune des cabanes dans le noir. Puis, un moment après avoir fait demi-tour – ou du moins, c’était ce qu’on croyait – on s’est retrouvées… devant la maison des Sawyer.

C’était une petite maison rustique de deux étages. Le porche baignait dans l’obscurité, mais malgré cela, j’aurais juré avoir vu quelque chose bouger quand Erin a fait signe vers la maison.

« On pourrait aller dire bonjour, puisqu’on est là, » elle a dit.

Elle a commencé à grimper les marches menant à la porte d’entrée avant que je ne puisse réagir, et, sans hésitation, a frappé à la porte.

« Merde, » j’ai murmuré avant de me dépêcher de la rejoindre. Un silence tendu régnait, bientôt remplacé par des bruits de pas. La porte s’est ouverte en grand, et une femme d’âge moyen aux cheveux grisonnants et aux yeux les plus bleus que j’ai pu voir se tenait de l’autre côté, nous fixant. Ce devait être Darlène.

« Vous êtes là pour la boîte ? » elle a dit, en nous jaugeant du regard.

J’ai eu une intense impression de déjà-vu quand Erin a répondu.

« Plus ou moins… »

Darlène s’est penchée pour regarder à l’extérieur. « Vous feriez mieux d’entrer, alors. »

J’ai échangé un regard méfiant avec Erin. La femme est retournée à l’intérieur, laissant la porte ouverte derrière elle. Erin a haussé les épaules avant de la suivre. En entrant à sa suite et en fermant la porte, j’ai entendu un bruissement dans les buissons derrière.

« Verrouillez-la s’il vous plaît. Il y a plein de merdes dans ces bois, » a dit Darlène.

Le bruissement s’est intensifié quand j’ai verrouillé la porte avec le loquet. On a suivi Darlène dans une pièce qui puait l’herbe. Elle a fait un signe de la main vers le joint qui brûlait dans le cendrier.

« Servez-vous. »

Elle s’est assise sur le canapé, et a coupé le son de la télé en face d’elle.

« Alors, que puis-je pour vous ? »

Je me suis éclairci la gorge avant de répondre.

« On nous a dit d’attendre un certain Will Sawyer, est ce qu’il va arriver ? »

« Il s’est tué la nuit dernière, donc probablement pas, » elle a répondu d’un ton indifférent.

« Oh mon dieu, je suis vraiment désolée… »

« Ouais, bon… Comment je peux vous aider ? »

« Eh bien… » J’ai sorti mon téléphone et je lui ai montré la photo de Troy. « On voudrait savoir si vous vous rappelez avoir vu ce garçon dans le Verger, récemment. »

Darlène a examiné la photo.

« Pas que je me souvienne, mais je ne suis pas sortie souvent après l’incident de la Boîte à Jouets.  C’est ma faute si cette putain de chambre a été construite, et à chaque fois que je vois cette chose, j’ai envie de pleurer. »

Erin a penché la tête.

« C’était votre idée de construire la Boîte à Jouets du Diable ? » elle a demandé d’un ton curieux.

Darlène a lentement secoué la tête.

« Non, j’étais malade. VRAIMENT malade. Et ce démon ou le je ne sais quoi que Willy a invoqué lui a dit que ça me soignerait si on construisait une pièce de miroirs et qu’on attirait des gens dedans. Si votre ami est entré là-dedans, je peux vous donner trois possibilités. Il est soit mort, soit catatonique dans un hôpital, soit errant dans ces bois. Ceux qui se retrouvent là-bas, quelque chose leur arrive… Mais si ça peut vous aider, vous pouvez le chercher ici. »

« Ici, dans votre maison ? » a demandé Erin.

« Ouais. »

Darlène s’est levée, a tiré sa table basse hors du chemin et a écarté le tapis pour révéler une trappe grossière taillée dans le sol en bois.

« Will a ramené quelques-uns de ceux qu’on a trouvé à la maison. Je pense qu’il avait pitié d’eux. Bref, il les garde là-dessous. »

La femme a ouvert la trappe, et une odeur nauséabonde m’a frappée de plein fouet. Tellement nauséabonde que je ne comprenais pas qu’on ne l’ait pas sentie avant. C’était la puanteur de déjections humaines, en masse. Darlène s’est tournée vers moi.

« Vous avez une lampe-torche ? »

J’ai hoché la tête en lui tendant. Elle l’a allumée et l’a dirigée vers le trou béant, révélant les visages crasseux de quatre hommes, émaciés et nus.

« L’un d’eux vous paraît familier ? »

Un des hommes a sifflé dans notre direction. Il y avait de plus en plus de bruissements dehors, et quelque chose à commencer à gratter à la fenêtre. Darlène l’a regardée.

« Vous les avez bien contrariés, ce soir. Vous êtes restés dehors pendant combien de temps ? »

Avant que je ne puisse répondre, une main sale aux doigts impossiblement longs s’est tendue et m’a tirée vers elle, dans le trou béant…

…Et je me suis réveillée en hurlant. J’étais assise à l’extérieur de la Boîte à Jouets et Jason était assis à côté de moi. Il m’a jeté un regard en coin.

« Tout va bien ? »

« Ouais… Mauvais rêve. Désolée. »

J’étais encore sous le choc de mon cauchemar-dans-un-cauchemar alors que je regardais avec méfiance autour de moi. Quelque chose était bizarre.

« Où sont les filles ? »

« Quelles filles ? »

« LES filles… L’une d’elles étant Gretchen, ta petite-amie. »

« Qu’est-ce que tu racontes, Gretchen a rompu avec moi le mois dernier, tu ne te rappelles pas ? Ou alors c’est par rapport à ton histoire, là ? »

« Par rapport à quoi ? »

« L’histoire que tu vas écrire sur ce truc. T’es en train de réfléchir aux détails, c’est ça ? Tu vas aussi inventer une excuse pour justifier notre présence ici ? Une demoiselle en détresse qui a besoin que tu mènes l’enquête pour elle dans un vieux parc d’attractions ? Remarque, c’est beaucoup mieux que dire que ton meilleur ami dépressif t’a demandé de conduire trois heures au milieu de la nuit pour voir des cabanes hantées où rien ne s’est passé et puis ton ami s’est tiré une balle dans la tête. »

« QUOI ? »

Jason a glissé le canon du pistolet qu’il tenait à la main dans sa bouche et a appuyé sur la détente. J’étais assise suffisamment près de lui pour que l’explosion me rende temporairement sourde. Je me suis levée en titubant et j’ai lentement reculé, les yeux fixés sur le cratère de sang et de fluides qui était la tête de mon meilleur ami quelques secondes plus tôt. Ma propre tête résonnait comme une foutue cloche d’église. Et pourtant, je n’arrivais pas à détourner le regard.

Finalement, je me suis forcée à lui tourner le dos et regarder autour de moi pour me repérer. Je devais quitter cet endroit. En arrivant au niveau de l’entrée, je me suis retournée pour jeter un dernier coup d’œil hébété à mon ami, et je me suis arrêtée net en voyant qu’il n’était plus là.

Le sang et la cervelle de Jason éclaboussaient toujours les murs de la Boîte, je n’ai donc pas imaginé ce qui venait de se passer. Mais la chaise pliante où il était assis était maintenant dépourvue de son corps affaissé, sans vie. Alors que je me tenais debout là, essayant de comprendre où le corps de Jason avait bien pu passer, un filet d’eau croupie m’a éclaboussé le visage.

J’ai tourné la tête. Le corps presque sans tête de Jason tenait l’un des pistolets du jeu de l’Exorciste. Je ne suis pas vraiment fière de l’admettre, mais je me suis paralysée en le voyant, persuadée que Jason s’était transformé en zombie. Mais, après une minute entière de paralysie où j’attendais qu’il fasse le prochain mouvement, j’ai dû me rendre à l’évidence qu’il ne bougerait plus.

Ce que je voyais n’était autre qu’un cadavre avec un pistolet qu’on lui avait fourré dans les bras. Ce qui voulait dire qu’il y avait quelque chose ou quelqu’un dans les ténèbres qui m’entouraient, capable de déplacer facilement un corps de quatre-vingt kilos juste pour se moquer de moi. C’est cette conclusion qui m’a finalement fait partir en courant.

J’étais dans ma voiture, à mi-chemin de la route de terre qui menait à l’autoroute quand j’ai heurté une bosse qui a délogé quelque chose sous la voiture. Je me suis arrêtée et je suis sortie pour y jeter un coup d’œil. En me penchant, je suis tombée nez-à-nez avec le cadavre de Jason.

Déplacer le cadavre d’un homme adulte est une chose, mais le déplacer et l’accrocher sous la voiture pendant les quelques secondes qu’il m’a fallu pour y retourner ? C’était inconcevable.

Je l’ai détaché et je suis rentrée chez moi, à moitié hystérique. J’ai commencé à tout écrire, comme Jason l’avait dit. J’en suis arrivée là avant que des coups sur la porte de mon appartement ne m’interrompent. J’ai ouvert la porte. Il y avait une note accrochée à l’extérieur.

« IL Y A UN COLIS POUR VOUS DANS LE HALL »

Il était environ 23h, et j’étais certaine que l’accueil de mon immeuble avait fermé depuis des heures, mais je me suis quand même dirigée vers le hall, par pure curiosité. J’ai descendu les escaliers jusqu’à l’accueil, pour trouver le cadavre mutilé de Jason dans le hall, adossé au distributeur. D’une manière ou d’une autre, ils m’avaient retrouvée.

J’ai remonté les escaliers en courant, avec l’impression d’évoluer au ralenti, et j’ai sprinté jusqu’à mon appartement où j’ai verrouillé la porte. Un instant plus tard, la poignée à commencer à tourner, quelque chose essayant de l’ouvrir de l’extérieur. Je reculais lentement devant la porte quand quelque chose d’énorme l’a traversé…

…Quelque chose qui n’était plus ma porte d’entrée, mais les murs intérieurs de la Boîte qui venaient soudainement de craquer pour révéler des phares familiers. Jason avait écrasé ma voiture contre la Boîte à Jouets.

*

J’avais passé 25 secondes à l’intérieur de la Boîte à Jouets du Diable. C’est le temps qu’il a fallu à Jason pour rentrer dedans avec ma voiture. Heureusement, elle était encore utilisable après coup, et on s’est dépêchés de se tirer de là.

J’ai déposé Erin chez elle avec des excuses, lui expliquant qu’il n’y avait rien que je puisse faire. Honnêtement, je ne comprends toujours pas ce qu’elle attendait de moi. On n’est pas dans Supernatural. Si votre petit-ami disparaît, vous appelez les flics. Je rentre chez moi.

Est-ce que je me sens coupable de ne pas pouvoir l’aider ?

Oui, mais pour ce que ça vaut, nous avons détruit la Boîte à Jouets, et probablement sauvé d’innombrables générations d’enfants stupides de faire la même erreur que le petit-ami d’Erin. La mauvaise nouvelle, c’est que ça m’a marquée, mutilée, à vie. Même en étant assise là, à vous raconter tout ce que j’avais précédemment écrit, j’ai toujours peur que ça ne soit pas fini. J’ai peur qu’en me réveillant le lendemain, je ne sois pas chez moi, mais devant cette putain de boîte.

Histoire originale / Original Story
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This story is NOT written by me and was originally posted on Reddit by : https://bit.ly/2LUjBSJ
I translate my favourite stories in good faith to share them with the french community, so they can discover some of the wonderful stories published in English. All credit goes to the original writers, and I’m very much thankful to them for sharing their awesome work and making this narration possible.
If you have any issues regarding the story, please email me at daenys.contact@gmail.com, and I will respond right away ! Thank you.

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2 Commentaires

    • donald trump d'elephant Le 28 avril 2020 à 17 h 05 min
    • Répondre

    miam:)

    • Lycarus Le 16 avril 2020 à 13 h 39 min
    • Répondre

    Ses la premières fois que j’entends parler de ça, trop intéressant 😀

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