Creepypasta FR : Un journaliste a ruiné ma vie

C’était un mardi matin, ce qui voulait dire que c’était au tour d’Ashley d’emmener les enfants à l’école. Je les ai regardés s’éloigner dans sa voiture, puis je suis rentrée chez moi me verser une tasse de café bien méritée. J’étais encore à moitié endormie, et j’en avais à peine bu une gorgée quand la sonnette de la porte d’entrée a retenti. J’ai marmonné d’agacement, puis je me suis levée et j’ai resserré mon peignoir. En me dirigeant vers la porte, j’ai jeté un coup d’œil au miroir du couloir. Je ne ressemblais littéralement à rien : j’avais des poches sous les yeux, les cheveux qui partaient dans tous les sens et je traînais dans un vieux peignoir élimé et trop grand pour moi. J’ai soupiré en ouvrant la porte.

À ma grande stupéfaction, un homme élégant et bien habillé se tenait sur mon porche, accompagné d’un deuxième homme tenant une caméra juste derrière lui.

« Bonjour Mme Clark, » il a commencé. « Je m’appelle Antony Ling, journaliste pour WAKZTV. Je m’excuse d’arriver sans prévenir, mais nous réalisons un reportage sur les mères célibataires, et j’aimerais vous interviewer à ce sujet. »

Je n’arrivais pas à y croire. Antony Ling ! Je le regardais à la télé tous les soirs… et je pensais même parfois à lui plus tard, quand j’étais seule dans mon lit.

« Euh… oui, bien sûr, » j’ai répondu. « Est-ce que je… je pourrais avoir quelques minutes pour me rendre présentable ? »

Antony m’a scrutée avant de sourire largement.  « Non, vous êtes parfaite comme cela, exactement ce qu’on cherchait. Je parie que vos matinées sont plutôt chargées, pas vrai ? »

« Eh bien… » j’ai commencé.

« Attendez un instant, » il a m’a interrompue, se tournant vers l’homme derrière lui. « Jim, on commence. »

Il a levé son micro vers mon visage. Je me sentais un peu étourdie, et très embarrassée, mais je n’avais pas le courage de reculer.

« Eh bien, oui. Pour être franche, les matinées sont assez rudes. Les jours où j’ai les enfants… »

« Génial, » a dit Antony en levant la main. « Parlez-nous un peu de cela. J’ai discuté avec Claire Brown, la présidente de l’association de parents d’élèves, et elle m’a parlé de l’arrangement plutôt unique que vous avez avec votre voisine. Pouvez-vous nous en dire plus ? »

« Bien sûr, » j’ai répondu, en me relaxant imperceptiblement. « Vous voyez, Ashley est une mère célibataire, comme moi. »

« Vous parlez bien d’Ashley McCue ? »

« Oui, c’est bien elle. Elle vit juste là-bas, de l’autre côté de la rue. » J’ai désigné du doigt la porte en question. « Elle a deux fils, j’en ai un. Un jour, nous étions toutes les deux au parc, et nous nous sommes reconnues. On a commencé à parler, à nous apitoyer un peu sur nous-même, vous voyez le genre ? »

« Vous apitoyer, » a répété Antony. « C’est très bien. Continuez. »

« On a donc décidé d’essayer quelque chose. Je prendrai les enfants chez moi pour une journée, et Ashley la suivante. Ils viennent le matin, je les conduis à l’école, puis je les récupère l’après-midi. Ils font leurs devoirs, puis jouent et s’amusent jusqu’au dîner. Je les nourris, puis je les couche. Le matin venu, je les prépare pour aller à l’école, je m’assure qu’ils mangent bien au petit-déjeuner, j’emballe leurs déjeuners, puis je vérifie qu’ils sont bien habillés et qu’ils n’ont rien oublié. Je les envoie ensuite de l’autre côté de la rue, où Ashley les récupère pour les emmener à l’école et prendre la relève. »

« Je devine donc juste en disant que vous aviez les garçons la nuit dernière, et que vous avez passé la matinée à les préparer ? » a demandé Antony.

« Oui, tout juste, » j’ai répondu.

« Pouvez-vous me dire comment vous vous sentez maintenant que les garçons sont partis ? »

« Eh bien, vous savez, c’est toujours un peu triste de les laisser partir. On passe tellement de bons moments ensemble. »

« Jim, coupe, » a sèchement lancé Antony au caméraman. « Et vous, Mme Clark… Je suis désolé de dire les choses comme ça, mais arrêtez les conneries. »

« Pa…Pardon ? » j’ai demandé, choquée.

« Avez-vous déjà regardé mon émission ? »

« Bien sûr, tous les soirs, » j’ai répondu.

« Bien, vous savez donc que je ne fais pas dans les conneries mielleuses. Je parle de problèmes réels, qui touchent des personnes réelles, et je les présente de manière réelle, crue. Je vous regarde maintenant, et vous savez ce que je vois ? »

« Que voyez-vous ? » j’ai nerveusement demandé.

« Je vois une femme pleine de bonté, se donnant complètement à trois jeunes enfants. Et vous êtes dans un état lamentable, » il a conclu en éclatant de rire. « Excusez-moi. Vous êtes en fait une belle femme… une très belle femme, et si je n’étais pas marié… » il a de nouveau ri. « Mais vous avez des cernes sous les yeux. Vous donnez l’impression de ne pas avoir dormi depuis plus d’une semaine. Vous devez être honnête avec moi. Tout l’intérêt de ce reportage repose sur la difficulté d’être une mère célibataire, élevant son enfant seule par ses propres moyens dans notre société moderne actuelle. »

« Je… D’accord. Je comprends. »

« Bien. Jim, lance. » Il a fait une pause de quelques secondes avant de reprendre. « Alors, comment vous sentez-vous maintenant que les garçons sont partis ? »

« Eh bien, pour être honnête… Je suis un peu soulagée. »

Antony m’a fait un grand sourire et a hoché la tête, m’encourageant à continuer.

« Parfois, ça devient un peu épuisant et… vous savez, trois garçons… ils ont une énergie inépuisable, et ils ne vous écoutent juste pas. Ça devient oppressant. J’ai juste besoin d’une pause. Et maintenant… Maintenant que j’en ai une, et je peux enfin me ressaisir et penser un peu à moi. »

« Parfait, » a lancé Antony.

« Donc voilà, cet arrangement est plutôt génial. J’arrive à avoir cette pause dont j’ai désespérément besoin, et le lendemain, je suis prête à m’occuper d’eux à nouveau. »

« Est-ce qu’il l’est vraiment ? » a demandé Antony. « Est-ce que cet arrangement est aussi génial que vous le dites ? »

« Bien sûr. »

« Mais d’après mes comptes, Mme McCue a deux garçons, alors que vous n’en avez qu’un seul. Cela peut difficilement sembler juste. »

« Non non, je vous l’assure, ça me convient parfaitement. »

« Coupe, Jim, » a lancé Antony. « Allons Mme Clark, nous venons d’avoir cette même conversation. J’ai besoin d’honnêteté. »

« Je ne vais pas mal parler d’Ashley à la télévision ! »

« Je ne pense pas que vous compreniez à quel point cette histoire est une mine d’or. Chaque famille a ses propres tensions. Maman a l’impression que papa ne fait pas de son mieux à la maison, et papa est irrité de devoir payer la majorité des factures de la maison. Nous voulons montrer que vous aussi, en tant que mère célibataire, vous rencontrez ce genre de tensions dans votre relation avec votre voisine. Ne vous inquiétez pas, nous allons enrichir l’interview avec de la narration tout autour, et nous allons présenter cette relation comme la chose merveilleuse qu’elle est. Mais nous avons besoin de cette tension, Mme Clark. Ce ne sera pas une histoire sans cette tension. »

J’ai hésité, en fronçant les sourcils, avant de répondre avec hésitation. « Très bien… Si vous êtes sûr de vous. Je veux dire, je ne veux pas blesser les sentiments d’Ashley. »

« Et vous ne le ferez pas, je vous le promets. Vous êtes prête ? »

J’ai hoché la tête.

« On est repartis, Jim ! Reprenez, Mme Clark. »

« Eh bien, puisque vous en parlez, j’ai toujours eu l’impression que la relation était un peu déséquilibrée. Je veux dire, me voilà achetant de la nourriture pour trois enfants, alors que seulement un des trois est le mien. Et Ashley… Elle achète de la nourriture pour trois enfants, mais deux sont à elle. »

« C’est de l’or, » a déclaré Antony.

« Mais je veux juste souligner qu’Ashley est- »

« Merci, Mme Clark. C’est tout ce dont nous avions besoin. Rendez-vous demain à 18h15 pour regarder l’émission. Je ne vous remercierai jamais assez de nous avoir accordé votre précieux temps. »

« B… Bien sûr, » j’ai répondu, me sentant à nouveau étourdie.

« Et je le pensais vraiment, » a ajouté Antony en tournant les talons. « Si je n’étais pas marié… »

Il m’a fait un clin d’œil, et je l’ai regardé s’éloigner.

*

Le lendemain, je suis allée chercher les garçons à l’école. Mais les enfants d’Ashley n’étaient pas là. Il n’y avait que Tommy, mon fils.

« Où sont les garçons ? » j’ai demandé alors qu’il grimpait dans la voiture.

« Ashley est venue les chercher pendant le déjeuner, » a répondu Tommy. « Elle avait l’air… elle avait l’air effrayée. »

« C’est bizarre, » j’ai marmonné, plus pour moi-même que pour Tommy. « Elle ne m’a rien dit à ce sujet. »

« Je crois que quelque chose ne va pas, maman. »

« Ne t’inquiète pas, champion. Je suis sûre qu’ils vont bien. Ashley a sûrement voulu faire une surprise à ses enfants. » Je l’avoue, j’étais assez énervée. Si elle les avait emmenés faire quelque chose d’amusant, pourquoi n’a-t-elle pas pris Tommy avec elle ? Puis j’ai pensé à combien ce serait facile de m’occuper d’un seul enfant ce soir-là plutôt que trois, et je me suis instantanément calmée.

Nous sommes rentrés à la maison, nous avons dîné, puis j’ai allumé la télé à 18h14 pile. Antony était assis au bureau du présentateur. Ils étaient déjà engagés dans une discussion.

« …Comprends que vous avez des séquences susceptibles d’être liées à l’affaire, à partager avec nos téléspectateurs ? »

Antony avait un air triste et sérieux.

« Eh bien, je ne peux rien dire à propos de l’affaire. Mais oui, j’ai quelques séquences filmées liées à la famille. »

« Vous avez parlé avec la voisine d’Ashley McCue, peu de temps après que Mme McCue ait récupéré ses enfants à l’école ? Est-ce bien correct ? »

« Tout à fait, » a répondu Antony en regardant la caméra. « Et… ce n’est pas mon rôle de faire des accusations. J’ai parlé à la police à ce sujet, et, eh bien… le film était à la base prévu pour un reportage que nous préparions, sur les mères célibataires. Nous avons donc le droit de diffuser ces images. Mais… eh bien… Tout ce que je peux dire, c’est que quand je suis arrivé chez Mme Clark, quelque chose semblait… étrange. »

« Que voulez-vous dire ? »

« Elle semblait très désemparée. Comme si… eh bien, c’est tout ce que je peux vous dire. Visionnons plutôt ces images. »

Je me suis assise sur le canapé à côté de Tommy, la bouche grande ouverte, mon cerveau se démenant pour comprendre ce que je voyais. Pourquoi ont-ils mentionné qu’Ashley avait récupéré ses enfants ? Pourquoi a-t-il dit que l’interview avait eu ce jour-là au lieu de la veille, où elle s’était réellement déroulée ? Et pourquoi diable parlaient-ils de la police ?

Une image de moi dans un état déplorable est apparue à l’écran à ce moment-là.

« Alors, comment vous sentez-vous maintenant que les garçons sont partis ? » demandait Antony sur l’écran.

« Eh bien, pour être honnête… Je suis un peu soulagée. Parfois, ça devient un peu épuisant et… vous savez, trois garçons… ils ont une énergie inépuisable, et ils ne vous écoutent juste pas. Ça devient oppressant. J’ai juste besoin d’une pause. Et maintenant… Maintenant j’en ai une, et je peux enfin me ressaisir et penser un peu à moi. »

J’ai regardé pendant que j’expliquais la relation que j’avais avec Ashley, et comment nous avions fait connaissance dans le parc. Il y a eu une coupure, et l’écran est revenu sur le présentateur.

« Est-ce le même parc où les corps des McCue ont été découverts ? » il a demandé.

Antony a semblé frissonner. « Oui. » Puis l’image est repartie sur l’interview.

« Eh bien, puisque vous en parlez, j’ai toujours eu l’impression que la relation était un peu déséquilibrée. Je veux dire, me voilà achetant de la nourriture pour trois enfants, alors que seulement un des trois est le mien. Et Ashley… Elle achète de la nourriture pour trois enfants, mais deux sont à elle. »

Je n’ai jamais pu regarder la fin de la séquence. Il y a eu un grand coup sur la porte.

« Police ! Ouvrez la porte, Mme Clark, nous avons à vous parler. »

*

Vous devez me croire, je n’ai rien fait. Tout s’est passé exactement comme je vous l’ai raconté. J’ai été interviewée par Antony Ling la veille du jour où les McCue ont été massacrés et réduits en morceaux dans le parc. Il le sait, mais il affirme que l’interview a eu lieu après le meurtre, et le caméraman soutient cette version. Les registres de la station télé la soutiennent aussi. La seule séquence qui reste de l’interview est celle qui a été montrée à la télé. Le reste, toutes les parties qui contenaient tout le contexte qui m’innocentait, avait été supprimé.

Ils ont trouvé un grand couteau sur la scène du crime qui porte mes empreintes. Mais Ashley et moi empruntons tout le temps des choses l’une à l’autre. Le tueur… le vrai tueur… aurait pu le prendre chez Ashley et le placer dans le parc exprès.

J’ai expliqué toute la situation à mon avocat. Mais il dit que je ferai mieux de confesser et accepter la meilleure offre qui me sera proposée, même s’il doute qu’on me propose quoi que ce soit en dehors de la peine maximale. Mais tout ça, ce sont des conneries, parce que je n’ai rien fait du tout !

Je ne sais pas qui a fait ça, mais je sais qu’Antony Ling et son caméraman mentent. Mon avocat ne me croit pas, il me dit qu’il n’y a rien à creuser… qu’il n’y a aucun lien entre les McCue et eux.

Je n’ai pas vu Tommy depuis mon arrestation. Il est chez ma sœur qui vit dans le Maryland pour le moment. Ma sœur est la seule personne à me croire. Elle me dit que je dois raconter au monde ma version de l’histoire, pour mettre le public de mon côté. Mon avocat dit que la situation s’annonce grave. Après que les séquences du reportage ont été diffusées, tout le monde en ville veut ma tête. Mais ma sœur espère changer les choses en partageant cette histoire sur le net, à un large public. J’écris donc tout cela et je lui envoie.

J’espère qu’au moins, vous me croyez.

Histoire originale / Original Story
https://redd.it/ai07l1
This story is NOT written by me and was originally posted on Reddit by : http://bit.ly/2YCjooU
I translate my favourite stories in good faith to share them with the french community, so they can discover some of the wonderful stories published in English. All credit goes to the original writers, and I’m very much thankful to them for sharing their awesome work and making this narration possible.
If you have any issues regarding the story, please email me at daenys.contact@gmail.com, and I will respond right away ! Thank you.

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2 Commentaires

    • Solayna Ammar Le 27 août 2019 à 14 h 23 min
    • Répondre

    Merci beaucoup, j’ai adorée cette creepypasta , j’aurai bien aimée regarder la vidéo mais je suis sourde depuis 6 ans ?? et je ne peut plus rien entendre ( même avec un appareil auditif) mais je suis quand même abonnée à ta chaîne YouTube. Merci ? d’exister et de faire des creepypasta aussi merveilleuse ????????

      • Solayna Ammar Le 27 août 2019 à 14 h 25 min
      • Répondre

      Oups les points d’interrogation étaient des emojis ne fait pas attention à eux 😉

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