Creepypasta FR : Comment j’ai perdu mon bras – partie 2

Partie 1


Beaucoup de gens parlent de l’amputation de la même manière que la perte d’un être cher. Leurs membres leur manquent, ils réalisent qu’ils l’aimaient. Bon sang, on m’a même offert des séances chez le psy pour surmonter le « deuil ». D’ailleurs, le premier rendez-vous, alors que j’étais encore à l’hôpital, était obligatoire. Mais c’était stupide, et je n’y suis jamais retournée.

Vous voyez, une fois que mon membre malade disparu, j’ai eu l’impression qu’on m’enlevait un énorme poids. Et je ne parle pas des quatre kilos que pesait mon bras – même si j’avoue que ça m’a fait un choc la première fois que je suis montée sur une balance après l’opération – c’était plus profond que ça. Je suppose que je ne m’en étais pas rendue compte sur le moment, mais plus l’état de mon bras se détériorait, plus mon esprit subissait la même chose. J’étais devenue irritable, impatiente, en colère, et pourtant, j’avais l’impression que ces émotions étaient extérieures à moi, que ce n’était pas juste la phase « je-porte-le-malheur-du-monde-sur-mes-épaules » que traversent les hospitalisés de longue durée. J’avais l’impression que ces émotions m’étaient imposées, un peu comme Frodon et l’anneau.

Métaphores de geeks mis à part, c’était un réel soulagement de m’être débarrassée de mon bras, même si cette étrange maladie ne m’avait jamais causé de réelle douleur. En fait, je passais le plus clair de mon temps à me sentir infiniment reconnaissante de n’avoir perdu que mon bras gauche. Étant droitière, je devais à peine réapprendre à faire quoi que ce soit, et je me suis vite adaptée. J’ai immédiatement accepté mon nouvel handicap comme faisant partie de mon identité, et j’ai continué ma vie aussi normalement que possible.

La dernière fois, je vous avais raconté la partie normale de mon histoire. C’est à partir d’ici que ça devient bizarre.

C’était une journée d’hiver, légèrement plus chaude que d’habitude, quelques années après mon amputation. Jusque-là, je n’avais eu aucun problème avec mon moignon, et je n’avais pas non plus ressenti l’inconfort parfois associé aux membres fantômes. J’avais quelques fois l’impression que mon bras était toujours là, comme beaucoup de personnes dans ma situation, et de temps en temps, je sentais quelque chose frotter contre. Je n’y ai pas plus prêté attention que ça, j’étais simplement heureuse d’éviter la douleur commune aux membres fantômes.

Un jour, je pense que c’était vers fin février, je marchais sur le trottoir de l’avenue principale de ma ville. Il pleuvait légèrement, et de la boue recouvrait le béton, s’infiltrant dans mes chaussures et trempant mes chaussettes. J’étais en train de penser que la sensation des chaussettes mouillées était la pire au monde, jusqu’à ce que je vive ce qui s’est passé ensuite.

J’ai senti deux mains agripper fermement mon poignet. Mon poignet gauche. Celui qui n’existait plus. J’ai baissé le regard vers le vide, là où ma main se trouvait, plus perplexe qu’effrayée. J’ai entendu un coup de klaxon, dangereusement proche derrière moi. J’ai tourné brusquement la tête et j’ai vu une voiture qui semblait hors de contrôle, se dirigeant droit sur moi. Mais avant que je ne puisse réagir, avant que je ne puisse sauter, m’écarter, j’ai senti les mains sur mon poignet me tirer avec une force surnaturelle. Une force suffisante pour disloquer le bras de quelqu’un, vous savez, si ce quelqu’un avait eu un bras. Mon corps a volé hors de la trajectoire du véhicule et je me suis étalée sur le trottoir glacé alors que la voiture s’écrasait sur le mur devant lequel j’étais quelques secondes plus tôt.

Je suis restée au sol, sonnée. Que diable venait-il de se passer ? L’homme qui conduisait la voiture en est sorti en titubant et a vomi sur le sol. Deux personnes se sont précipitées vers nous.

« Comment avez-vous pu vous écarter du chemin aussi vite ? » m’a demandé une dame. « Vous avez de la chance d’être… » Elle s’est soudainement interrompue, fixant avec horreur mon moignon comme si elle pensait que je venais de perdre mon bras là, dans l’accident.

« Ne vous inquiétez pas, c’est comme ça depuis un moment. » Je lui ai dit en me relevant et en époussetant mes vêtements. Mais en regardant mon épaule, qui me faisait fichtrement mal depuis qu’on m’avait tirée, j’ai réalisé qu’elle regardait quelque chose qui n’était pas arrivé depuis très longtemps. Mon moignon – qui faisait à peu près quinze centimètres – était en lambeaux. Les sutures chirurgicales, depuis longtemps cicatrisées, s’étaient fendues. Du sang coulait de la plaie ouverte, et le bout rond de l’os du bras qui restait dépassait du moignon, complètement déboîté. La dernière chose que j’ai entendue avant de perdre connaissance était le cri horrifié de la femme.

Je suis passée par énormément de procédures médicales compliquées pour remettre mon bras en état, ce qui m’a gardée à l’hôpital pour deux autres semaines misérables. Tous les spécialistes qui s’étaient occupés de moi quand j’avais mon étrange maladie sont passés me souhaiter un bon rétablissement, mais rétablie était très loin de ce que je ressentais.

Les médecins, qui avaient d’abord supposé que le véhicule m’avait heurtée, ont été complètement ébahis par ma blessure quand ils en ont appris plus. J’avais quelques égratignures dues à mon atterrissage sur le trottoir, mais en dehors de ça, aucun signe que j’avais été touchée par une voiture. Sans oublier qu’il y avait mon témoignage, celui du chauffeur (qui, pour une raison qui m’échappe, avait toujours de la valeur malgré qu’il soit en état d’ébriété apparente), et celui des passants qui affirmaient que je n’avais pas été touchée du tout, mais que j’avais bondi hors de la trajectoire. Mon bras disloqué était ce qui troublait le plus les docteurs. Ils n’avaient jamais vu un bras amputé, surtout aussi court, se déboîter.

« Je ne saurais pas l’expliquer, » m’a dit l’un d’eux. « Pour dire les choses simplement, la force nécessaire pour sortir un os aussi court d’une articulation aussi puissante… Bon sang, j’aurais été surpris même si la voiture vous avait heurtée.  Avez-vous la moindre idée de comment c’est arrivé ? La moindre idée de ce qui a… de ce qui vous a arraché le bras ? »

Je ne voulais pas qu’il pense que j’étais folle (ou pire, qu’il me réinscrive pour des séances de soutien au deuil), je ne lui ai donc pas dit ce que j’avais ressenti. Je ne lui ai pas dit que j’aurais parié mon autre bras que quelque chose m’avait attrapée, m’avait attrapé le poignet que je n’ai plus, et m’a tirée hors du danger. Je lui ai simplement répondu que je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé, ce qui était la vérité absolue, d’ailleurs.

J’ai fait de mon mieux pour ne pas parler aux gens à l’hôpital. J’étais reconnaissante d’être en vie, certes, mais j’étais tellement perturbée par ce qui s’était passé que je pouvais difficilement penser à autre chose. Soudainement, toutes ces impressions que quelque chose frottait contre mon bras fantôme sont devenues beaucoup plus intéressantes. Et un peu glauques, pour être honnête. J’étais complètement paniquée. Ouais, le quelque chose qui m’avait tiré le bras m’avait sauvé la vie, mais je devais aussi gérer le fait que quelque chose m’avait tiré le bras même si ce putain de bras n’existait pas. Peut-être que des séances chez le psy n’étaient pas une si mauvaise idée, après tout.

Les questions me tourmentaient l’esprit, la plus importante étant une forte suspicion que j’étais folle. Mais il y avait davantage. À qui appartenaient les mains qui m’avaient saisi le poignet ? Où était cette personne ? Est-ce que mon bras, d’une certaine manière, dans une certaine dimension, existait toujours ? Je me suis surprise à penser de plus en plus à la vision que j’avais eue sur la table d’opération, à mes compagnons d’infortune qui erraient dans cet endroit mystérieux, ces gens qui semblaient avoir porté le poids de cette maladie pendant un moment terriblement long.

Ces pensées ont grandi et grandi, et le poids que je ressentais s’est alourdi. Mais ce n’est que lors de ma dernière nuit à l’hôpital que mon esprit s’est finalement brisé. Cette nuit-là, toujours allongée sur mon lit, regardant par la petite fenêtre de ma chambre le ciel clair et étoilé, j’ai commencé à m’abandonner au sommeil lorsque j’ai senti un tapotement, lent et rythmé, sur le dos de ma main. Oui, cette main. J’ai commencé à entendre les battements de tambour, lents et réguliers, que j’ai entendu dans ma vision. En rythme avec les tapotements sur ma main. J’ai fermé les yeux, horrifiée et j’ai secoué la tête, essayant de me débarrasser de l’hallucination. Mais je n’ai pas pu, parce que ce n’était pas une hallucination.

Les tapotements ont fini par s’arrêter, et une paire de mains – féminines, j’avais l’impression –  a pris mon poignet avec douceur. J’ai essayé de me dégager brusquement de sa prise, en bougeant mon épaule, mais les mains ont serré plus fort. Une fois que j’ai arrêté de lutter, j’ai senti l’une d’elles me lâcher. Un doigt a touché le dos de ma main et a tracé quelque chose. La lettre D, on aurait dit. Une pause, puis une autre lettre. E.

D.E. ? De ? Pendant que je m’efforçais d’assimiler ces sensations, quatre autres lettres ont été tracées sur ma main, chacune confirmant une horrible, glaçante prise de conscience.

R

I

E

N

De rien.

C’était plus que je ne pouvais en supporter. J’ai hurlé et hurlé et hurlé. Et quand les infirmières ont fait irruption dans la chambre pour voir ce qui se passait, j’ai hurlé et hurlé et hurlé encore plus.

À suivre…


Partie 3


Histoire originale / Original Story
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I translate my favourite stories in good faith to share them with the french community, so they can discover some of the wonderful stories published in English. All credit goes to the original writers, and I’m very much thankful to them for sharing their awesome work.
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