Creepypasta FR : Comment j’ai perdu mon bras – partie 1

Les gens aiment bien me demander comment j’ai perdu mon bras. Ils posent généralement la question à voix basse, trébuchant sur les derniers mots comme s’ils voulaient me protéger de la perte de mon propre membre. Ils font un geste vers mon moignon avec une légère grimace, et font de leur mieux pour prendre une expression compatissante pendant que je leur raconte l’histoire.

D’ailleurs, c’est une histoire plutôt étrange à raconter. J’ai vécu une vie parfaitement ordinaire jusqu’à cette journée si particulière, alors que j’avais dans la vingtaine, quand j’ai remarqué une petite tache sur mon avant-bras. Une piqûre, peut-être ? Une morsure d’araignée ? Je ne savais pas. C’était rougeâtre, avec une légère teinte violette, et c’était légèrement en relief. On la distinguait à peine du reste de ma peau. Ça ne faisait pas mal ni rien, c’était juste là.

C’est resté comme ça pendant environ une semaine, et elle ne me dérangeait pas du tout. J’ai bien remarqué que mon bras devenait plus faible, par contre. Je suis une régulière de la salle de sport, et j’avais du mal à soulever des poids avec ce bras-là, il se fatiguait bien plus vite que l’autre. Mais je n’ai jamais associé ça à la tache, cette tache qui était « juste là ».

Puis, un matin, je me suis réveillée pour découvrir qu’elle avait grossi pendant la nuit. Je veux dire, énormément grossi. Je n’avais jamais vu quelque chose comme ça, et j’ai regardé cette excroissance avec un mélange de panique et de curiosité détachée.  Elle faisait maintenant presque quinze centimètres de diamètre, avait beaucoup gonflé et était pleine d’un liquide sombre. C’était presque noir, bien trop foncé pour être du sang, mais je ne pouvais le dire avec certitude à travers la couche de peau boursouflée. L’excroissance s’était propagée jusque derrière le coude. Clairement, on avait dépassé le stade de « juste une tache qui est là ». Mais même, elle ne me causait aucun inconfort. Mon bras était juste faible, je pouvais à peine tenir le volant sur le chemin de l’hôpital.

D’après mon expérience, les professionnels de la santé sont juste ça, des professionnels. Ils ont été formés à réagir stoïquement aux phénomènes les plus nauséabonds que le corps humain a à offrir. Mais quand le médecin de garde a jeté un œil à la chose sur mon bras, il a brusquement penché la tête en avant pour regarder de plus près, a écarquillé les yeux, et a pratiquement crié : « Putain de merde ! »

Je lui ai dit que je ne savais pas ce que c’était. Il m’a répondu qu’il ne savait pas non plus. Il a appelé quelques autres docteurs pour qu’ils puissent regarder, et ils étaient tout autant ébahis. Je pouvais entendre des bribes de leurs marmonnements « … peut-être un dermatologue… c’est la couleur qui m’inquiète…on ne peut pas exclure une sorte de venin… », et ils ne m’aidaient pas à me sentir mieux. Vous voyez, quand je vais chez le médecin, je veux qu’il sache exactement ce qui ne va pas. Je veux qu’il jette un coup d’œil à mon bras et qu’il me dise que la solution est claire, que j’ai besoin de prendre tel comprimé en particulier ou faire tel changement alimentaire spécifique ou aller voir tel spécialiste dans telle ville. Mais je n’ai pas eu cette chance.

Puisque la chose sur mon bras ressemblait vaguement à une ampoule, les docteurs ont décidé que le meilleur plan d’action serait de la percer. Ils se sont tous entassés autour de moi pendant que le docteur qui a crié « putain de merde » a fait les honneurs. Je me suis à peine assise, plus que mal à l’aise à l’idée d’être observée comme un monstre de foire ou un animal de zoo. Un seau a été placé en dessous de mon bras, et je ne pouvais rien faire d’autre que regarder la fine aiguille stérilisée se glisser dans la monstruosité que j’aurais pu, jusqu’à ce matin, confondre avec une petite piqûre.

Rien ne s’est produit. L’aiguille n’était pas très grosse, et apparemment, le liquide à l’intérieur était bien trop visqueux pour sortir d’un trou aussi petit. Mais une aiguille beaucoup plus grosse a réussi. Un geyser du liquide a soudainement éclaboussé le fond du seau. C’était sombre, crémeux, puant davantage qu’une charogne. J’ai réprimé un haut-le-cœur et détourné le regard, rêvant de pouvoir mettre mes écouteurs pour étouffer le bruit des éclaboussures pendant que le seau se remplissait.

Je ne sais pas si le fait de percer cette horreur a aidé ou empiré les choses. Tout ce que je sais, c’est que le temps que j’achète mes médicaments et que je rentre chez moi, davantage de cette merde dégoûtante a commencé à remplir le sac de peau vide sur mon bras. Je me suis arrêtée chez moi et j’ai pris un livre, puis je suis directement retournée à l’hôpital. J’avais l’impression que j’allais y rester un long moment.

J’avais raison. Le temps que je sorte de cet hôpital vingt-deux jours plus tard, j’avais lu ce livre entièrement, ainsi que quatre autres. Sans même parler des trois saisons d’X-files que j’avais regardées d’affilée. J’avais également perdu mon bras.

Ils avaient percé cette chose quelques autres fois, mais ça revenait, encore et toujours. Et elle a grossi. Beaucoup grossi. Elle a fini par recouvrir la totalité de ma main, mon poignet, mon avant-bras et mon coude. Elle se dirigeait vers mon épaule quand les médecins ont décidé que des mesures drastiques étaient nécessaires. Vous voyez, non seulement elle avait grossi, mais elle palpitait. Mes ongles suintaient ce truc 24h/24 7 j/7. Quand ils sont enfin tombés, c’était un goutte-à-goutte régulier du bout de mes doigts. Tous les muscles en dessous de cette chose commençaient à s’atrophier à un rythme qui a alarmé les médecins. Mon bras flétrissait et gonflait en même temps.

C’est l’effet que ça avait sur mes muscles qui a le plus inquiété les médecins. Ils n’avaient toujours pas la moindre idée de ce qui se passait, mais à la vitesse à laquelle elle se propageait, ils avaient peur qu’elle atteigne bientôt mon cœur ; un autre muscle qu’elle pourrait flétrir dans son sillage. Finalement, ils m’ont proposé l’amputation, et j’ai rapidement accepté. Bien que je n’aie jamais éprouvé de douleur intolérable, j’étais vraiment énervée par la dégénérescence de mon bras. J’ai pensé qu’il valait mieux se débarrasser de tout plutôt que de risquer de propager la maladie à des zones plus vitales de mon corps. Nous avons planifié l’amputation, et je suis restée sous la surveillance étroite d’une myriade de spécialistes.

Maintenant, on arrive à la partie que je ne raconte généralement pas aux gens. À la plupart des curieux, je dis que le docteur m’a anesthésiée, et que je ne me rappelais de rien jusqu’à mon réveil dans mon lit d’hôpital avec mon moignon. Ces personnes sont toujours à la fois satisfaites et insatisfaites par mon histoire. C’était certes plus bizarre qu’ils n’avaient imaginé, mais ils mourraient d’envie de savoir ce qui avait provoqué cette étrange maladie. Je leur dis que personne ne sait. La vérité, c’est entre vous et moi. On s’échange des politesses et on continue notre vie.

Mais il y a davantage à cette histoire, plus que je n’en dis jamais quand je la raconte en face-à-face. Je ne sais pas pourquoi j’ai l’impression que je peux vous en parler, mais je soupçonne que l’anonymat accordé par le net n’y est pas étranger. Je n’ai pas à voir vos visages inquiets, ni aucun regard de scepticisme poli masquant ce qui se passe réellement dans vos têtes : « Cette nana est tarée ! ». Non, je peux vous raconter la suite de mon histoire, puis fermer mon ordinateur, à l’abri des conséquences sociales de cet aveu.

Voici ce qui s’est réellement passé ensuite : quand ils m’ont injecté l’anesthésiant, et que j’ai commencé à sombrer dans l’inconscience, j’ai commencé à entendre des battements de tambour. Lents. Réguliers. Imperceptibles. J’ai demandé au médecin s’il les entendait aussi, mais il a juste souri du coin des lèvres. Les patients disent toujours de drôles de choses avant de perdre connaissance, disait son sourire. Les battements de tambour, profonds et menaçants, devenaient de plus en plus forts pendant que je dérivais.

Quand j’étais endormie sur la table d’opération, j’ai rêvé. Mais rêvé est un mot faible, ça ne rend pas justice à ce que j’ai vécu. C’était plus comme une vision. Dans cette vision, les battements de tambour ont continué.  J’étais entourée par un groupe de personnes, dont chacune souffrait de la même maladie que moi. Elles semblaient épuisées, en agonie, comme si elles avaient souffert de cette affliction pendant des centaines ou des milliers d’années. Leur regard était abattu, leurs visages vaincus. Tous ces gens étaient nus, et tout était enveloppé dans un brouillard gris.

Certains avaient des jambes malades, d’autres des bras, d’autres des visages.  Certains étaient recouverts de la tête aux pieds. Une femme berçait un bébé dans ses bras malades, et en regardant de plus près, j’ai vu que les yeux de l’enfant étaient enflés et noircis par la substance. Un mince filet s’écoulait lentement de sa narine. Un autre malheureux, un jeune homme de mon âge aux yeux larmoyants, était à quatre pattes, se frappant le torse et toussant, enfonçant ses doigts dans sa gorge pour en sortir d’énormes globes noirs et les jetant misérablement au loin. Toute la scène était horrible, au-delà de toute imagination. Aucune de ces personnes ne semblait avoir conscience de ma présence, ni les unes des autres, d’ailleurs. Chacun était piégé dans son propre enfer personnel.

Je ne sais pas combien de temps j’ai passé à errer dans cette foule. On aurait dit des heures, mais ça aurait tout aussi bien pu être quelques secondes. Je suis restée détachée de tous mes camarades d’agonie, du moins, jusqu’à ce que la chose sur mon bras éclate. Ça coulait comme un robinet, la vile substance éclaboussant mes pieds. J’ai reculé de dégoût, puis j’ai levé les yeux. C’est là que j’ai remarqué que tout le monde me regardait fixement. Leurs visages étaient déformés dans une expression de rage jalouse. Certains m’ont chargée, comme s’ils allaient m’attaquer, mais avant qu’ils puissent m’atteindre, une douleur soudaine, aiguë, a traversé tout mon corps. Je me suis alors réveillée, confuse, amputée, dans mon lit d’hôpital.

Vous commencez à penser que je suis folle ? Eh bien, ce n’était que la partie normale de mon histoire. Il y a pire. Bien pire. Mais je suis fatiguée maintenant, je vais aller me reposer, et je vous raconterai la suite bientôt.

À suivre…


Partie 2


Histoire originale / Original Story 
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